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vendredi 14 janvier 2011

Le mur de la honte de la Grèce


Pour éviter que son territoire soit envahi par des hordes de sauvages hirsutes venus de barbarie, la Grèce projetait la construction d’un mur de la honte de 206 km, le long de sa frontière avec la Turquie qui, rappelons-le, ne fait pas partie de l’Europe. Donc dehors, à l’extérieur, ce sont des étrangers, des presque arabes, des barbares arriérés qui ne parlent même pas français, des sales métèques barbus primitifs et illégaux et qui, probablement, sentent mauvais.

La Grèce suit ici l’exemple de nombreux prédécesseurs :

– Israël, qui a construit après 2003 le mur de la honte qui le sépare de la Palestine : jusqu’à 8 m de haut sur plus de 700 km. Les Israéliens pensent être de cette façon à l’abri des attentats, et on constate bien d’ailleurs que, depuis 2003, ils sont vraiment beaucoup plus tranquilles ;

– les États-Unis, qui ont construit après 2006 le mur de la honte qui les sépare du Mexique : 4,5 m de haut sur 1200 km, avec miradors, caméras et patrouilles de milices paramilitaires. Cela représente un tiers de la frontière seulement, ce qui laisse de la place, sur 2000 km environ, pour des déferlements de sauvages immigrés illégaux et barbus. Il ne s’agit pas ici d’attentats, mais simplement d’empêcher les hordes de métèques basanés malpropres de venir salir les fauteuils en cuir des belles banques et des beaux casinos états-uniens. Et on constate bien d’ailleurs que, depuis 2006, l’immigration clandestine aux États-Unis est quasi nulle ;

– Berlin, et son mur de la honte : 3,6 m de haut sur 155 km, avec miradors, soldats lourdement armés, chiens de garde et bunkers. Curieusement, ce mur de la honte a été cassé en 1989 par les Allemands de l’Est eux-mêmes, qui avaient besoin d’air. Il est vrai qu’ils ne craignaient pas trop l’invasion par les Allemands de l’Ouest qui se sentaient plutôt mieux chez eux, qui ne sont ni sales ni barbus ni basanés, et qui souvent parlent un allemand impeccable…

Las ! Des critiques virulentes se sont fait entendre envers la Grèce (qui, rappelons-le, fait partie de l’Europe) : finalement, il n’est plus question que d’une petite clôture, une palissade ridicule de 3 m de haut sur 12 km. Autant dire rien ! À peine un truc pour garder les chèvres.

Ces murs de la honte ne sont pas érigés n’importe où par n’importe qui : ils sont construits par des pays riches le long de leur frontière avec des pays pauvres. Berlin est un contre-exemple, mais là, il s’agissait d’éviter que les pauvres foutent le camp.
Par exemple la Somalie ou le Bhoutan n’ont pas l’intention de construire de mur de la honte.
Cela semble indiquer que les riches sont moins enclins à la honte que les pauvres. La honte diminue peut-être quand le cholestérol augmente : il doit y avoir là une étude à faire !

On retrouve, à une moindre échelle, ces murs de la honte à l’intérieur même des pays. Dans la plupart des immeubles récents, un digicode maintient à l’extérieur du bâtiment les hordes de sales sauvages hirsutes et basanés venus de l’étrange barbarie. Certaines résidences et lotissements sont aujourd’hui enfermés derrière un mur de la honte avec caméras de surveillance et chiens policiers. On dit qu’ils sont « sécurisés »…

Peut-être verrons-nous un jour des murs de la honte empêcher les sales habitants sauvages arriérés bronzés barbus et illégaux de Tourcoing, qui parlent français avec un abominable accent belge, une fois, de pénétrer dans la belle et noble ville d’Angers où l’on parle un français très pur avec beaucoup d’élégance.
Ou l’inverse, selon qui est le plus riche, ou a le meilleur accent, ou se croit le plus beau…

Régis Debray vient de publier un livre intitulé Éloge des frontières, que je n’ai pas lu, mais qui, si j’ai bien compris, présente l’idée très intéressante selon laquelle lorsqu’il n’y a plus de frontières, les gens s’enferment derrière des murs de la honte pour se défendre. Il préfèrerait que les nations soient protégées par de véritables frontières (poreuses et franchissables), comme les habitations sont protégées par une porte, qui permet à la fois d’accueillir les amis et d’empêcher les indésirables d’entrer, comme tout être vivant est protégé par sa peau, qui ne l’empêche pas d’avoir des échanges avec l’extérieur… Et il est vrai que le mur de la honte est quand même un barrage très isolant et très violent !

Ces volontés d’exclusion ne sont finalement qu’une forme assez ignoble d’égoïsme, les riches cherchant à conserver pour eux les richesses qu’ils possèdent, sans accepter de les partager avec ceux qui n’y ont pas accès. Il est probable que, si cela continue, nous serons, nous riches, contraints de partager par la force et la violence. On peut maintenir un léger écart de niveau de vie, inévitable, entre les plus riches et les plus pauvres ; mais lorsque l’écart devient intolérable, lorsque les plus pauvres crèvent de faim alors que les plus riches crèvent d’indigestion, il faut bien partager : sinon, les plus pauvres qui n’ont plus rien à perdre risquent de devenir vraiment méchants.

Ne serait-il pas temps de comprendre que nous sommes tous sur le même bateau, habitants de la Terre, et condamnés à vivre ensemble, même si nous érigeons des murs de la honte, noirs et blancs, riches et pauvres, barbus et chauves, petits gros et grands maigres, intelligents et cons, et même ceux qui ne sentent pas bon ?

mercredi 28 avril 2010

Frottements


J’ai eu l’occasion d’entendre récemment Gaël Giraud, chercheur en économie au CNRS, et jésuite, qui parlait précisément d’économie. Il racontait l’histoire suivante (à quelques nuances près que je n’ai pas retenues, mon incompétence en économie étant pire que ce que vous pouvez imaginer ; j’ai donc simplifié… et brodé pour faire plus joli) :

« Un soir, David Pujadas, notre petit pingouin national, annonce au journal de 20 h que des scientifiques ont observé d’importantes variations de l’activité des taches solaires et en ont conclu que la situation économique de la Grèce allait s’aggraver parce que, en raison de ces variations, les fonds spéculatifs grecs allaient s’effondrer, et donc augmenter encore la dette de la Grèce.
M. X., trader chez Lehman Brothers, s’esclaffe en hurlant de rire : “Mais où va-t-il chercher tout ça !”
Pourtant, dans la nuit, M. X., trader chez Lehman Brothers, se dit que bien des imbéciles vont gober cette histoire, et vendre leurs fonds spéculatifs grecs, lesquels vont donc s’effondrer. Et, pour ne pas être lui-même victime de cet effondrement, M. X., trader chez Lehman Brothers, se précipite au petit matin sur son ordinateur pour vendre tous ses fonds spéculatifs grecs avant qu’ils ne s’effondrent.
Dans la journée, les fonds spéculatifs grecs s’effondrent.
Et le soir même, David Pujadas, notre petit pingouin national, annonce avec un grand sourire de satisfaction : “Nous vous l’avions annoncé hier : la variation d’activité des taches solaires a provoqué l’effondrement des fonds spéculatifs grecs !” »

Gaël Giraud qualifie cet événement d’ « auto-prédictif ».

C’est un joli nom.

Mais si l’économie mondiale (ou au moins celle d’un pays) en est réduite à dépendre de ce genre de situation, il est urgent d’agir pour modifier le système.

Il y a longtemps que je pense que la Bourse devrait être interdite, détruite, plastiquée, mais apparemment beaucoup de gens ne veulent pas…

À quoi sert la Bourse ?
Au commencement, si j’ai bien compris, la Bourse était destinée à apporter de l’argent aux entreprises qui en avaient besoin pour accroître leur activité, acheter des machines, des usines… En retour, ces entreprises distribuaient chaque année un peu de leur bénéfice aux actionnaires. Parce que, au commencement, les actionnaires laissaient leur argent quelquefois plusieurs jours, voire plusieurs mois sur les mêmes actions.

Aujourd’hui comment fonctionne la Bourse ?
Des ordinateurs branchés en permanence sur Internet détectent toute variation des actions ou indices, vendent dans la microseconde qui suit un début de baisse, et achètent dans la microseconde qui suit un début de hausse.

Tobin avait inventé en 1972 une taxe sur les transactions financières destinée à réduire les mouvements de capitaux. Et pourtant, à cette époque, Internet n’existait pas et les ordinateurs étaient réservés aux gens sérieux (les scientifiques).

La taxe Tobin n’est pas si stupide que cela. Elle est même très astucieuse, c’est probablement la raison pour laquelle elle n’a jamais été appliquée. Elle ferait trop de tort (financier) aux grandes banques et aux traders.

Et j’ai même une idée pour la perfectionner : en faire une taxe dépendant du temps.

Il y a longtemps que les mécaniciens savent que, pour réduire les mouvements erratiques de systèmes soumis à des sollicitations importantes (c’est exactement le cas de la Bourse qui monte et qui descend sans que l’on sache trop pourquoi), il suffit d’adjoindre à ce système un frottement visqueux, proportionnel à la vitesse. C’est le principe de base des amortisseurs (qui fonctionnent très bien !).

Dans le domaine économique, il suffirait d’introduire une taxe « proportionnelle à la vitesse des transactions ». Disons simplement une taxe sur les plus-values des transactions financières (pour ne pas affoler les investisseurs honnêtes) inversement proportionnelle au temps écoulé entre l’achat et la vente.

En clair : si vous achetez 100, et que vous revendez 110, vous êtes taxé sur les 10 de bénéfice. Mais la valeur de cette taxe décroît avec le temps : elle démarre à 100 % si vous revendez avant d’attendre 3 mois. Puis elle est de 90 % pour une revente entre 3 et 6 mois, et elle diminue de 10 % tous les 3 mois, jusqu’à une stabilisation à 20 % après deux années.

Voilà qui élimine tous les systèmes automatisés (il n’y a aucun intérêt à vendre avant trois mois puisque tout le bénéfice disparaît) mais qui laisse aux investisseurs honnêtes un bénéfice raisonnable après un ou deux ans.

Cette idée (géniale, il faut bien l’avouer… et donc probablement inapplicable pare que les traders ne l’accepteront jamais : ils seraient ruinés, les pauvres !) ne doit pas empêcher de rechercher tous les moyens de supprimer totalement et définitivement la Bourse et tout ce qui ressemble à une spéculation : cela ferait faire un grand bon à l’humanité.

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