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jeudi 27 octobre 2011

Indépendance énergétique


Depuis quarante ans, on nous bassine avec le tout nucléaire, « garantie de l’indépendance énergétique de la France ».

Alors d’abord, c’est une supercherie, parce que je ne sais pas où nos nucléopolytechnocrates vont chercher leur uranium, mais ce n’est certainement pas dans le Berry, ni en Provence ni en Picardie. C’est peut-être même pour cela que la France a des relations douloureuses avec certains pays d’Afrique…

Ensuite, c’est même tellement faux qu’Éric Besson prévient à l’avance qu’on risque de subir une pénurie et des pannes d’électricité l’hiver prochain parce que l’Allemagne a fermé des centrales nucléaires après Fukushima.

Ah ben oui : en hiver, nous importons de l’électricité allemande… s’ils en ont en trop.

Une certaine vision de l’indépendance énergétique !

mardi 5 juillet 2011

Notre accident nucléaire de niveau 7


C’est donc à Fessenheim, à 25 km au nord de Mulhouse, que se produira notre accident nucléaire de niveau 7, succédant à Tchernobyl et Fukushima.

Dans un sens, c’est plutôt favorable puisque les vents d’ouest dominants emporteront l’iode 131, le césium 137 et le plutonium 239 vers l’Allemagne, qui commence 2 km à l’est.

Les pauvres ! Eux qui viennent précisément de décider d’arrêter le nucléaire…

Cette centrale, la plus vieille de France, mise en service en 1977 sur une zone à risque sismique, devait durer trente ans. Jusqu’en 2007 donc. Elle durera jusqu’en 2021…

C’est cette centrale qui avait dû être refroidie à la lance à incendie lors de la canicule de 2003, le débit du Rhin étant devenu insuffisant pour assurer son refroidissement « naturel ».

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a donné son feu vert pour prolonger de dix ans notre angoisse.

Je pense que la principale raison est qu’ils n’ont rien à proposer pour la remplacer. Mais tant que l’on ne fera en France aucune étude sur l’éolien, le photovoltaïque ou la géothermie profonde, parce qu’on n’a plus de fric puisque tout va dans le nucléaire, il est évident que nous n’aurons rien pour remplacer le nucléaire.

Une autre raison qui tend à prolonger les centrales est que personne ne sait démanteler une centrale nucléaire, et que le prix que ça va coûter serait, à lui seul, une raison pour ne jamais arrêter.

André-Claude Lacoste, président de l’ASN, a annoncé : « J’ai le sentiment que les centrales nucléaires sont sûres. »

Est-il bien raisonnable de laisser la décision de prolonger la vie de nos centrales à un homme qui confond raisonnement scientifique et sentiment ?

Rappelons à Monsieur Lacoste que le Japon vient d’élargir la zone d’évacuation autour de Fukushima (un accident qui avait été déclaré au niveau 4 le 11 mars dernier avant d’être relevé jusqu’au niveau 7 – maximal – quelques semaines plus tard), car la radioactivité dépasse dans cette nouvelle zone la limite « légale » de 20 mSv par an (limite rehaussée quand ils se sont aperçus que la précédente valeur de 1 mSv par an allait être de toute façon largement dépassée).

Rappelons aussi à ce monsieur qu’un article du monde daté du 3-4 juillet signale que des enfants habitant à 60 km de Fukushima pissent du césium 134 et 137. Cela s’appelle une contamination interne. Mais bon, chez nous on s’en fout, ce seront les petits Allemands qui pisseront du césium.

Il y a tout de même, pour l’ASN, deux conditions à cette prolongation :

1- renforcer le radier afin d’augmenter sa résistance au corium en cas d’accident grave avec percement de la cuve. C’est ce qui s’est produit à Fukushima dans trois des réacteurs. Le radier est cette dalle de béton sur laquelle s’écoule le cœur en fusion (environ 2 000°) quand il y a un problème. Et pourquoi donc faut-il le renforcer ? N’avions-nous pas les centrales les plus sûres du monde et sans aucun défaut ? De toute façon, ils auront du mal à intervenir puisque c’est une zone, sous la cuve, fortement radioactive, où je ne pense pas qu’ils oseront envoyer des maçons, même intérimaires polonais… Enfin… j’espère !

2- Installer des dispositifs de secours pour refroidir quand il fait trop chaud. En voilà une idée qu’elle est bonne ! Ils n’y avaient donc pas encore pensé, depuis 1977.

Mais enfin pourquoi donc n’ont-ils pas confiance ? Pensent-ils que nos divins pilotes pourraient laisser fondre le cœur ?

Et tout cela pour quoi ? Pour faire passer la probabilité d’accident de « une chance sur dix millions » à « une chance sur vingt millions ».
Est-ce bien raisonnable ? Tant qu’il reste une chance, l’accident nucléaire ayant des conséquences que personne maintenant ne peut plus ignorer ni nier, le nucléaire reste inacceptable.

jeudi 21 avril 2011

Dioxyde de carbone et uranium : qui va gagner ?


À la fin du XIXe siècle, l’industrie qui se développait à grande vitesse (pour améliorer la condition humaine) pompait allègrement dans les stocks de charbon et de pétrole pour faire tourner ses machines. Personne n’y a rien trouvé à redire jusqu’à ce qu’on s’aperçoive (très récemment) que les combustibles fossiles dégageaient tant de gaz carbonique que la Terre allait rapidement devenir inhabitable : trop chaude ! Aujourd’hui, on discute pour essayer (mais c’est pas gagné !) de rejeter moins de CO2 dans l’atmosphère. Attention : cela ne veut pas dire que le taux de CO2 dans l’atmosphère va diminuer, mais juste qu’il augmentera moins vite…

Certains ont trouvé, avec l’énergie nucléaire, une bonne façon de « ne plus polluer ». EdF et Areva en sont très fières. L’uranium : enfin une énergie « propre » qui n’émet pas de CO2 ! Grâce au nucléaire la planète va être sauvée…
Sauvée ?

Ben peut-être pas.

Quand on voit, après Tchernobyl, puis Fukushima, l’augmentation de la dispersion d’éléments radioactifs dans la nature, on peut quand même se poser des questions. Certes, la France est actuellement (à peu près) épargnée. De même que le Kénya ou le Pérou ne souffraient pas d’un taux trop élevé de CO2 dans les années 1930. Mais qu’en sera-t-il dans cent ans ?

Il faut bien souligner que l’énergie nucléaire crée et accumule de nos jours des quantités invraisemblables d’isotopes radioactifs dont la durée de vie se mesure en milliers d’années. Et dont personne ne sait que faire, une fois que les combustibles usés sont extraits des réacteurs. Alors quand ces produits sont répandus dans l’atmosphère ou la mer pour cause d’accident, n’en parlons pas !

Après les essais des bombes nucléaires dans la deuxième moitié du XXe siècle, qui ont dispersé pas mal de saletés radioactives dans l’air que nous respirons, Tchernobyl et Fukushima ont montré que les pollutions consécutives à un accident concernent la planète entière, tout comme le CO2 dégagé par nos parents et grands-parents il y a cent ans.

Les japonais viennent d’interdire totalement l’accès aux environs de leur centrale agonisante, dans un rayon de 20 km. En attendant plus. Les habitants du coin apprécient modérément.

Mais les isotopes radioactifs, ça se balade… Il arrivera certainement un jour où nos descendants, munis de compteurs Geiger, chercheront en vain un endroit pas trop radioactif pour pique-niquer.

Rappelons que si la période (temps au bout duquel la radioactivité est divisée par deux) du césium 137 n’est « que » de 30 ans, celle du plutonium 239, créé dans les réacteurs, et dispersés dans la nature quand ils explosent, est de 24 000 ans. Ce ne sont que deux exemples.

N’est-il pas temps de se demander ce que deviendront ces « déchets » dans 100, 500 ou 2000 ans ? Qu’ils soient conservés précieusement dans des bidons stockés sous l’Élysée et gardés par l’armée, ou qu’ils soient répandus « par accident » dans la nature…

Peut-on garantir qu’aucun Kadhafi futur ne s’amusera avec ?

Ou peut-on garantir que tous les futurs chefs d’État, pendant plusieurs milliers d’années, seront obligatoirement sains d’esprit ?


mardi 6 avril 2010

Dérégulation

Filed under: Economie, Politique, Société — Étiquettes : , , , , — Jean-Luc @ 13:28


On le sait, depuis quelques temps (deux ans ?), le marché de l’électricité a été livré aux rapaces du capitalisme ultra-libéral. Avec des règles très spéciales : si on choisit un distributeur privé d’électricité, on ne peut plus revenir par la suite au tarif public régulé.

Il n’existe actuellement qu’un seul producteur d’électricité : EdF. Mais il y a d’autres escrocs distributeurs, privés, qui achètent « en vrac » des kWh à EdF, et les revendent avec un confortable bénéfice aux particuliers. Leur travail n’est pas très compliqué : un petit local en Tunisie avec un ordinateur pour tenir la liste des clients à jour et envoyer les factures, et un compte bancaire dans un paradis fiscal pour récupérer le fric sans payer trop d’impôts.

Pour gagner des clients, ils font miroiter des tarifs « vachement intéressants ». Certains tombent dans le piège et signent un contrat. Sans regarder le texte en tout petits caractères imprimés en orange foncé sur rouge clair auquel renvoie la petite astérisque qu’ils n’ont pas remarquée, et qui annonce pourtant que les tarifs peuvent évoluer librement… et patati et patata.

Ravis de payer leur électricité bien moins cher que celle d’EdF, ils sont tout étonnés l’année suivante de voir la facture grimper de 75 %. Et ceux qui cherchent à revenir au tarif régulé d’EdF (prix fixés par le gouvernement) découvrent avec stupéfaction que cela n’est pas possible ! C’est écrit dans la loi. Et nul n’est censé l’ignorer.

En clair, si on sort du tarif régulé, on ne peut plus y rentrer. C’est « l’effet cliquet ». Il s’agit pourtant de la même électricité, fabriquée dans les mêmes centrales nucléaires, et qui coule dans les mêmes tuyaux. Mais pas au même prix. La différence va dans la poche de l’escroc du distributeur privé.

Attention, même EdF vous propose maintenant des abonnements à tarif « concurrentiel » (c’est comme ça qu’ils appellent le tarif variable, moins cher au début, plus cher après), c’est-à-dire non régulé, donc susceptible d’augmenter selon leur bon vouloir, indépendamment du prix du pétrole et des injonctions gouvernementales.

Cela va très loin puisque si vous changez de logement aujourd’hui, vous n’êtes pas autorisé à revenir au tarif régulé si le précédent occupant avait préféré un distributeur privé. Même les sénateurs s’en étaient émus.

Et cela va bientôt s’aggraver : je me suis laissé dire qu’à partir du 1er juillet 2010, le tarif régulé ne sera plus proposé à personne, ni pour les nouvelles constructions, ni pour un changement d’habitation.

Accrochez-vous à votre tarif, il est en voie d’extinction.
Le libéralisme échevelé est en train de grignoter les derniers bastions du service public !

jeudi 15 octobre 2009

Avis de recherche

Filed under: Economie, Politique, Science, Société — Étiquettes : , , , — Jean-Luc @ 22:51

Le CEA, Areva, EdF et tous les autres nucléocrates qui nous gouvernent nous prennent pour des cons… Ils prétendent que leur sécurité est à toute épreuve, et ils n’arrêtent pas de laisser fuir et de disperser des produits dangereux dans la nature.

En l’occurrence, c’est sur le site du CEA à Cadarache que les problèmes arrivent aujourd’hui.

On vient d’apprendre, lors du démantèlement d’installation, qu’ils avaient estimé à 8 kg les « dépôts » de plutonium dans les circuits et les boîtes à gants, mais qu’en réalité ils constatent qu’il y aurait environ 39 kg de plutonium dans les circuits… Ils n’en sont pas encore certains. Ils ont donc « perdu » 31 kg de plutonium depuis des années sans se troubler… En outre, ils ont attendu plusieurs mois avant d’alerter les autorités compétentes.

On ne va pas parler du prix ! Il est difficile d’estimer le kilo de plutonium sur les marchés : ça doit dépasser largement le million d’euros. Mais bon : l’argent, le petit Nicolas en a ! Ce n’est donc pas là qu’est le problème.
Alors, pourquoi surveille-t-on tant le plutonium ? Parce qu’il peut, entre autres, servir à faire des bombes.

Comment fait-on une bombe ? Eh bien il suffit de concentrer une certaine quantité (appelée masse critique) de produit fissile (le plutonium en est un) dans un volume réduit (par exemple une boîte à gants). C’est schématique, mais cela montre combien les gens qui tripotent ces matières dangereuses se foutent complètement, à quelques kilos près (c’est-à-dire à quelques bombes près), de ce qu’ils laissent traîner un peu partout.

On ne va pas préciser outre mesure, mais 39 kilos de plutonium, c’est plusieurs bombes atomiques en puissance. Alors ils sont où, ces 39 kilos ? En Afghanistan, en Iran, en Corée du Nord ?…

« Il est difficile de mesurer ces quantités » plaide (mal) un polytechnocrate. À quoi le simple bon sens répond que si c’est trop difficile pour que ce soit fait correctement, on s’abstient !

Encore faut-il avoir un peu de bon sens…

mercredi 8 octobre 2008

L’automobile nucléaire au « Mondial »

Filed under: Science, Société — Étiquettes : , , , , , , , — Jean-Luc @ 12:16

« Le Mondial » de la bagnole a la gueule de bois.
Avec l’envolée du prix des matières premières, et surtout celui du pétrole, avec l’augmentation catastrophique du taux des gaz à effet de serre dans l’atmosphère et la fonte de la banquise, sans parler des embouteillages… l’auto a du plomb dans l’aile !
Le métier de fabricant de bagnoles devient difficile : il sera bientôt aussi mal vu que celui de marchand de canons !

Alors c’est l’occasion, pour les constructeurs, de nous faire découvrir leur grand souci de notre environnement : ils présentent presque tous de nouvelles voitures électriques qui produisent (évidemment !) 0 % de CO2.
(ici, pub : petit dessin bleu et vert avec un petit oiseau coloré, un arbre et un joli papillon)…

Il est certain que moins de gaz carbonique, c’est plus de chances de survie pour nos enfants.

Il est certain qu’une voiture alimentée par batterie n’émet rien… sur place.

Mais il ne faut quand même pas prendre les gens pour des cons !
L’électricité ne coule pas dans les batteries comme l’eau des rivières arrive à notre robinet : il faut la fabriquer ! Elle se fabrique avec du combustible fossile (charbon, gaz ou pétrole) ou avec de l’uranium. La production photovoltaïque, éolienne ou même hydraulique reste (hélas !) très marginale.

Le CO2 est donc de toute façon produit… ailleurs.

Comment ? Ah oui, l’uranium… Vous avez parfaitement raison, les centrales nucléaires ne produisent pas de CO2, ou très peu : mais elles produisent des déchets radioactifs, largement plus toxiques que le gaz carbonique, et dont personne ne sait encore quoi faire, à part, à la rigueur, les cacher sous le tapis ou les enterrer dans la cave !
Certains de ces déchets seront encore là, sous nos pieds dans 50, 1 000 ou même 24 000 ans (c’est la période* du plutonium 239, qui n’est pas réellement un déchet puisqu’il est utilisé pour faire la bombe, mais quand même… il doit bien en rester un petit peu dans les poubelles de nos centrales !).
Imaginons que les hommes qui ont peint les superbes fresques de la grotte Chauvet nous aient également laissé en dépôt un stock de quelques kilos de plutonium. Où serait-il aujourd’hui ? Toujours au même endroit, au fond de la grotte, gardé par quelques CRS de Cro-Magnon ?

Alors, bon ! Je ne prétends pas qu’il soit vraiment satisfaisant de remplir notre atmosphère de CO2. Mais est-il plus raisonnable de remplir notre sous-sol de saloperies encore plus toxiques ?

Pouvons-nous garantir que pendant 24 000 ans (au moins* !) ces déchets seront en permanence conservés en lieu sûr, à l’abri des enfants, des malades mentaux et des terroristes, malgré les tremblements de terre, les guerres et la montée du niveau de la mer ?

Oui, EdF et Areva peuvent probablement le garantir !
Mais EdF et Areva existeront-ils encore dans 50 ans ?

* La période d’un élément radioactif est le temps au bout duquel il ne reste plus que la moitié du stock initial. Si on dépose un kilo de plutonium 239 (période de 24 000 ans) dans une boîte, au bout de 24 000 ans, il ne reste plus que 500 g de plutonium (le reste est transformé en un autre élément).
Après encore 24 000 ans… non, non, non, tout n’a pas disparu : il reste encore 250 g  de plutonium (la moitié de 500 g) !
C’est ce qu’on appelle une décroissance exponentielle.
Ah, les lois physiques sont impitoyables !

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