Entendre

vendredi 22 avril 2011

Le bruit et les odeurs…


Après que ses prédécesseurs Hortefeux et Besson ont viré hors de France tous les immigrés illégaux, ou presque, Nicolas Géant veut réduire l’immigration légale de 20 000 « individus » (louches) par an. Au lieu de 200 000 personnes étrangères admises sur le sanctuaire nazional, nous n’aurons plus que 180 000 barbus basanés introduits chaque année, avec une bouche en cul de poule et en se pinçant le nez pour échapper aux odeurs.

N’empêche. Il paraît qu’il y a en France actuellement plus de 11 millions d’immigrés ou d’enfants d’immigrés. 20 % de la population ! C’est à se demander comment les bons Français blancs catholiques ADN-vérifiés arrivent à résister et survivre !

Et si l’on en admet encore 180 000 par an, on se demande où on va les mettre. Surtout que ce sont en majorité des fainéants incapables de rien faire sauf bénéficier des allocs et du RMI qu’on leur octroie bien trop largement.
Ce qu’il faudrait, c’est supprimer toute immigration, légale ou pas, et renvoyer chez eux 20 000 étrangers chaque année. Et même à ce rythme, il faudrait encore 550 ans pour purifier définitivement notre belle patrie des 11 millions de barbares qui l’occupent actuellement.

Marine, où es-tu, que fais-tu ? Ah ! vivement 2012.

jeudi 7 avril 2011

Vers une purification ethnique de la France éternelle


Il faut se rendre à l’évidence : en matière de haine des autres, en général, et des étrangers en particulier, il y a pire que le petit Nicolas.
Son éminence (très) grise Claude Géant, qui cherche visiblement à faire encore plus immonde que Besson et Hortefeux réunis, voudrait renvoyer se faire tuer chez eux non seulement les sales étrangers sans papiers, donc en situation irrégulière, mais aussi tous les autres un peu moins sales étrangers, même dûment munis des bons ausweis officiels. Enfin, peut-être pas les bons étatsuniens riches blonds catholiques et propres, mais les genre louches, peau pas bien claire, cheveux frisés, habits pas très propres et langage incompréhensible.

Il faut dire que tous les barbus basanés de la planète se ruent sur la France, depuis que le clown italien Berlusconi, copain du petit Nicolas, délivre des papiers officiellement valables dans toute l’Union européenne à tous les barbares qui débarquent à Lampedusa en raison de la guerre menée par la France contre Kadhafi, le clown tyran tortionnaire copain du petit Nicolas !
Ils seraient quelques milliers, vous rendez-vous compte ? Ils ne tiendront jamais dans nos centres de rétention administrative. Ou alors il va falloir en construire d’autres. Et qui c’est qui va payer, hein ?

J’ai cru comprendre que les règlements en vigueur (que la France devrait pouvoir invoquer pour refuser cette invasion) demandent que les immigrants ainsi tolérés dans l’Union européenne puissent justifier de revenus supérieurs à 60 euros par jour.

Facile !

Ben non, pas tellement : 60 euros par jours, ça fait 1800 euros par mois.

Je connais bien des Français qui ne seraient pas acceptés dans l’Union européenne…

Allez ! Après avoir expulsé tous les arabes, immigrés légaux ou illégaux, faudra voir à expulser les Alsaciens, qui sont quand même un peu Allemands, et les Bretons, dont personne n’a jamais pu dire exactement de quelle nationalité ils étaient.

En tout cas, ils ont une langue louche.

 

dimanche 27 février 2011

Suspicion paranoïaque


Ah ! Enfin Hortefeux dégage.

Depuis le temps qu’il nous pompait l’air avec sa haine de « l’autre », sa suspicion paranoïaque permanente, ses tests ADN, ses centres de rétention administrative, sa police politique, ses déchéances de nationalité, ses murs de protection anti-Roms, ses lois anti-voile et ses miradors …
On va enfin pouvoir aérer un peu.

Comme je l’avais suggéré il y a un mois, s’il continue à être terrorisé par les étrangers, il n’a qu’à se construire un mur de protection autour de lui tout seul et nous laisser enfin respirer l’air de l’amitié avec ces peuples courageux qui osent se libérer de leurs tyrans-dictateurs-tortionnaires.

Nous, on sera beaucoup plus tranquilles.

samedi 6 novembre 2010

Manif virtuelle

http://www.lacimade.org/minisites/pourquellenepassepas/rubriques/158-Manifestation-virtuelle-jusqu-au-S-nat?page_id=2868

Pour les fainéants scotchés derrière leur clavier jusqu’à pas d’heure, la Cimade propose une manif virtuelle destinée à protester contre le projet de loi sur l’immigration, dite « loi Besson », ce qui est faire bien des honneurs à ce sinistre de l’immigration nazionale socialiste et de l’identité choisie par le petit Nicolas, ex-PS, actuellement UMP, et probablement futur FN… qui n’en mérite pas tant.

À ce sujet, je retrouve une citation amusante de ce girouettesque traître, extraite d’un bouquin qu’il a écrit (ou plus probablement fait écrire) avant de tourner sa veste pour aller lécher le cul du petit Nicolas :
« En supprimant ou en restreignant fortement les principaux dispositifs de régularisation, Nicolas Sarkozy se prive des outils permettant une régularisation au fil de l’eau et évitant ainsi les régularisations de masse. En d’autres termes, Nicolas Sarkozy fabrique des sans-papiers, lui qui prétend lutter contre l’immigration clandestine ! »

Bon : pour l’instant, il reste encore un espoir, et du travail pour la plupart des Français, qui ne seraient pas fâchés que les migrants soient traités avec un peu d’humanité, et qui ne sont pas tellement favorables aux charters de Maliens et à l’expulsion violente des Roms ou des Afghans réfugiés dans la patrie des droits de l’homme.

Car, si les députés, majoritairement à la botte du petit Nicolas, ont voté ce texte de loi, il reste à le faire passer devant le Sénat, ce qui pourrait être plus difficile puisque l’UMP n’y est pas majoritaire.

On peut donc essayer de réveiller un peu nos sénateurs endormis en participant à cette manif virtuelle.
L’inscription est gratuite.

Rien n’est encore perdu !

http://www.lacimade.org/minisites/pourquellenepassepas/rubriques/158-Manifestation-virtuelle-jusqu-au-S-nat?page_id=2868

jeudi 4 novembre 2010

Aide médicale d’état (et cinéma…)


L’AME, Aide Médicale de l’État, va devenir payante.

De quoi s’agit-il ?

Jusqu’à récemment, les étrangers en situation irrégulière (comme toute personne sans ressource habitant en France) pouvaient bénéficier de soins médicaux gratuits.

En situation irrégulière ?
Ben oui : quand on est contraint de quitter son pays parce que son père, sa mère, ses frères et sœurs, sa femme et ses enfants ont été tués par l’armée, ou les rebelles, ou la malaria, ou la famine, ou les tsunamis, on n’a pas toujours le temps de demander un visa pour partir ailleurs. On peut donc se retrouver en France « sans papiers ». C’est interdit. L’OFPRA, qui délivre à certains migrants les papiers nécessaires (s’ils sont reconnus comme « réfugiés » pouvant bénéficier du droit d’asile) ne va pas toujours très vite. Et n’accepte pas tout le monde. Et il n’est pas toujours facile de se faire comprendre quand on ne parle que le tchétchène ou le tamoul.

Il se trouve donc sur le territoire français des gens qui n’ont pas le « droit » d’y être, mais qui souvent travaillent (pour subsister), et même paient des impôts. Et il arrive parfois que ces gens soient malades.

Il faut du courage pour aller demander des soins dans ces conditions, parce qu’on a toujours peur de se faire expulser manu militari (ou manu gendarmeri) après un court séjour en centre de rétention administrative. Surtout quand on risque d’être renvoyé dans un pays en guerre, ravagé par les tremblements de terre, et où sévit le choléra.

Puisque j’en suis aux centres de rétention, j’en profite pour faire de la pub au film « Illégal », sorti récemment sans grande publicité.

Illégal est un film admirable qui décrit dans le détail la vie en centre de rétention administrative, depuis l’arrestation dans la rue jusqu’aux tentatives d’expulsion musclée.
C’est un film fort et poignant, à voir et à faire voir à nos ministres, à nos députés, à nos dirigeants, et surtout à nos enfants (pas les trop petits : il y a des scènes très dures), pour qu’ils sachent ce que notre gouvernement essaie de (et a intérêt à) nous cacher.
Les permanents de la Cimade que je connais confirment l’authenticité de l’ambiance.
Ne pas se faire trop d’illusion devant la fin presque heureuse…

Fin de la pub.

Certains étrangers en situation irrégulière arrivaient pourtant à se faire soigner… gratuitement, grâce à l’AME.

« C’est terminé » ont dit nos députés de la majorité UMP libérale avancée et même avariée : désormais, il faudra payer pour être soigné. Non mais ! Déjà qu’on leur offre le gîte et presque le couvert, faudrait quand même pas qu’ils abusent. C’est le contribuable qui paie, et il n’aime pas ça. Si ça continue on ne sera pas réélus.

Donc, aux difficultés administratives vont s’ajouter les difficultés financières. Des gens qui gagnent (au noir, bien obligés) 500 euros par mois ne sont peut-être pas prêts à payer 30 euros pour soigner une petit toux fiévreuse. Au lieu d’être traités rapidement pour leur tuberculose, ils vont donc se retrouver très malades, et très contagieux, provoquant ainsi des dépenses bien supérieures à ce qu’aurait pu coûter un traitement précoce.
La plupart des médecins sont verts de rage.

On va bientôt les laisser crever sur le bord de la route (les migrants, pas les médecins, essayez de suivre un peu)…

Ce sera bien fait pour eux. Après tout, comme dirait Jean-Marie, on ne leur a pas demandé de venir chez nous !

mercredi 20 octobre 2010

La Gloire et la rivière… et bien d’autres encore


Les (trop rares) visiteurs de ce blog se souviennent peut-être du témoignage poignant d’une permanente de la Cimade, publié ici-même il y a un an sous le titre « La Gloire et la rivière ».

Un livre vient d’être publié chez Actes Sud, intitulé Chroniques de rétention.
Outre cet admirable texte, il comprend 86 autres témoignages de divers intervenants de la Cimade en centre de rétention.

Un ouvrage important qui raconte des témoignages vécus, pour savoir ce qui se passe, ce qui se vit dans ces centres dont la plupart des Français ignorent tout… jusqu’à leur existence même.


Voulez-vous seulement savoir ?

La liste que le policier accroche chaque matin dans la zone des retenus : allez-y, courrez, ce matin… votre nom peut-être : Vol Roissy R2C AF2184 10 h 40 Kinshasa. Hier, c’était le tour du Pakistanais qui vous dépannait en cigarettes. Aujourd’hui, c’est le vôtre. Les recours épuisés. Le soutien enrayé. L’insupportable qu’on vous oblige à supporter et l’espoir qui étouffe sous des procédures marécageuses. Il vous reste votre corps et parfois le choix entre l’hôpital si vous avez le courage de vous faire mal, la prison si vous avez l’audace de vous débattre ou l’avion si vous abandonnez.

Environ 35 000 étrangers sont enfermés légalement ou illégalement dans les centres et locaux de rétention chaque année.

Depuis 25 ans, La Cimade est à leurs côtés à l’intérieur des murs. En 1984, les intervenants se comptaient sur les doigts d’une main. En 2009, nous étions près de 70. Cette mission de défense des droits des étrangers et de solidarité active est unique en Europe. Loin d’être une caution à la réalité catastrophique de la rétention, cette force de regard et de réaction a été remise en question par l’État à la fin de l’année 2008. Sans doute avons-nous trop défendu. Trop parlé.

Il est temps de témoigner.

Humour noir, analyse politique, poésie, dialogues, anecdotes : loin des clichés irréels, des images médiatiques ou des communiqués de presse, nous, intervenants de La Cimade, avons décidé de prendre les mots comme on prend les armes.

dimanche 28 mars 2010

Arben

La lettre qui suit m’a été transmise directement par l’intervenant de la Cimade qui en est l’auteur.
Je recommande, dans la même série, la lecture de « La Gloire et la rivière », et « Tant que nos frères marcheront »

Le 27 mars 2010


Arben,

Je te fais parvenir cette lettre à la dernière adresse où j’ai su que tu étais domicilié, en espérant que tu y passes au moins de temps en temps. Je ne sais pas où tu es, et je me demande si tu le sais toi-même, au regard des nécessaires déplacements et astuces maquisardes qu’imposent la vie clandestine. J’ai eu quelques nouvelles de toi par Anton. Il m’a dit que tu travaillais parfois à Rungis, mais le rythme de mes activités ne me permet pas d’essayer de te croiser là-bas. J’espère que le travail au noir te permet tout de même de gagner de quoi manger. L’autre jour, au centre de rétention, un gars m’a dit qu’il était payé 180 euros par mois pour 60 heures de travail par semaine, et ce depuis trois ans. Je suis navrée Arben, navrée de tout ce que tu subis ici, dans mon pays qui s’auto-mutile et s’ampute chèrement des membres qui le composent de fait. Et quand je dis chèrement, mon ami, je choisis le mot. Ce que cela coûte de trahison, de déloyauté, de violence… c’est insensé. Ce que cela coûte d’argent aussi. Le prix d’une seule expulsion te permettrait de vivre deux ans sans trop de difficultés. Plus de vingt mille euros par expulsion en moyenne. Ceci dit, comme dirait ta sœur, il manqu’rait plus qu’ce soit gratuit.

Je peux, quant à moi, te donner de minces nouvelles. La Cimade vit des moments aussi durs qu’historiques, tu es au courant de tout ça par Anton à ce qu’il paraît. Plus que de la créativité, je crois qu’il nous faut du courage. Il y a deux semaines, je suis allée passer un peu de temps avec les travailleurs sans-papiers de Massy qui en sont maintenant à six mois de grèves… où trouvent-ils la force ? Nous échangions et l’un d’eux a dit, alors que George expliquait les galères des négociations en haut lieu : « Nous sommes avec vous, comme vous êtes avec nous ». Arben, je t’assure qu’un frisson m’a traversée à cause de la justesse de son propos. À cause de l’air que cela donnait à mes poumons. Il sous-entendait par là que si nous les soutenons, c’est qu’ils nous soutiennent aussi, et que la lutte ainsi, devient possible, par cet équilibre solidaire de partage. C’est toute la différence entre s’interposer et venir en renfort il me semble, mais j’ai encore beaucoup à découvrir concernant ces notions.

Plus que te donner des nouvelles, je voulais te prévenir d’une chose très inquiétante dont tu as dû entendre parler peut-être. Bientôt, le ministre va faire ouvrir le camp d’internement du Mesnil Amelot, à côté de Roissy.

Arben… je voudrais t’en parler non pour t’alarmer inutilement, mais pour te demander de faire bien attention à toi là où tu es. Évite les gares et les transports en commun autant que tu peux. Si tu dois en user, prends toujours un ticket. Dis à ta sœur de faire attention aussi, dis-le à son mari, et qu’ils fassent attention aux enfants, qu’ils se rapprochent du réseau éducation sans frontières. Car s’ils se font arrêter, il faut que quelqu’un s’en inquiète rapidement et donne l’alerte : les choses vont très vite dans les centres de rétention.

Arben, ce camp peut contenir 240 personnes d’un coup, les enfants y compris, les familles. Oui, il y a six baraquements, dont un pour les familles. L’autre jour, à la conférence de presse que la Cimade a donnée avec le Réseau Migreurope, le syndicat des avocats de France, et le syndicat de la magistrature, Damien a parlé de chauffe-biberons, de tables à langer. Sur le moment, mes oreilles de poète n’ont pas pu faire le lien entre les barbelés et les chauffe-biberons. Ma conscience a dû prendre le relais et j’ai eu froid d’un coup. Imaginer Bogdan, ton petit neveu d’à peine un an, dans ce  camp de merde… j’ai eu froid. D’ailleurs si tu en as l’occasion, passe le bonjour pour moi aux trois enfants de ta sœur. Anton m’a dit que le plus grand est premier de sa classe, malgré ses évidentes difficultés à dormir et à se concentrer. Je suppose que tous les enfants de Sarajevo qui ont vu ce qu’il a vu, luttent de même et portent en eux les mêmes ruines. Il faut que le temps passe, j’imagine.

Si par malheur, tu devais être arrêté, et le risque est fort tu le sais, il faudra que tu essayes d’aller trouver mes collègues de la Cimade. Je t’en prie Arben, ne te décourage pas… ce camp va te sembler insurmontable : c’est un camp anti-émeute, avec des détecteurs de mouvements, une tour de contrôle, des haies épineuses qui séparent les baraques les unes des autres pour que les gens ne puissent pas se regrouper et se solidariser. Tout est fait pour neutraliser une quelconque réaction humaine. Il n’y a d’accès libre à rien. Pas de contact direct avec les policiers ou les intervenants… seulement des interphones vidéos, des portes hachoirs à passer en montrant un badge ou un numéro de PV. À l’intérieur, les gens sont appelés par leurs numéros de PV, oui. Tu te rends compte ?

Moi j’en crève, que cela ait lieu sans qu’on ne réagisse. Pendant que les familles sont enfermées arbitrairement, loin du regard de tous, disparaissant sous un chiffre, les français ont l’œil rivé sur les reportages d’Arte évoquant le moment le plus violent de l’Histoire de l’Europe, en se demandant comment il fut possible d’ainsi déshumaniser des masses. Je te le dis Arben : j’en crève. Je le refuse catégoriquement et j’accuse tout net le ministre de crime de déshumanisation sous couvert d’une politique plus que douteuse.

Tout ceci me fait penser à la discussion que nous avions eu tous les deux l’année dernière, le soir de la fête de la musique. Tu n’avais pas vraiment répondu à mes arguments, et je suppose que cela tenait aussi à ta difficulté de parler de la guerre… et peut-être un peu au taux d’alcoolémie dont nous étions tous deux les innocentes victimes. T’en rappelles-tu ? Tu avais commencé par parler des différentes formes de dictatures, et nous avions fait plusieurs digressions pour en arriver à la question de la Shoa et je t’avais dit la chose suivante : il me semble bien qu’outre le traumatisme collectif en Europe, le fait même que la Shoa ait eu lieu a fait changer notre seuil de tolérance, notre rapport à la gravité de beaucoup d’évènements. J’ai la sensation que l’on ne parvient plus à dire que toute forme de déshumanisation est grave, et celle-ci pas plus qu’une autre. Différemment, mais pas plus. L’être humain étant sacré, nous ne pouvons nous contenter de peu. Dans la dernière interview d’Éric Besson que j’ai vue, il faisait cette citation : « Quand je me regarde je me désole, quand je me compare, je me console ». Comment peut-on avoir aussi peu d’ambition humaine ? Comment peut-on se dire qu’il est désolant d’être violent, mais que puisque les autres le sont aussi, on peut se permettre de l’être à son tour ? Mon ami je te le dis, j’étais perplexe au départ, maintenant je suis carrément inquiète. Et je ne suis pas la seule. Comment allons-nous pouvoir vous aider tous ? Comment stopper cette course complètement irréfléchie bien que très construite, cette course vers la déshumanisation progressive de toute une partie de la population qui vit dans le pays ? L’enfermement massif à un rythme que personne ne peut suivre, même pas les flics et l’administration, tant il est soutenu. Un rythme qui produit tellement d’erreurs, d’illégalités et qui fait peu à peu disparaître la réalité des êtres humains dans leur complexité.

Et ce gamin français, que doit-il comprendre quand il voit son père menotté, enfermé et amené à l’aéroport sous les coups ? Arben… comment cet enfant va-t-il grandir ? Quelle rage, quelle peur, quelle colère aura-t-on ancrées en lui ?

Si tu te trouves dans ce camp, essaye d’aller trouver mes collègues. Ils seront là, tu sais. Ils seront là comme ils peuvent et pour chacun autant que faire se peut. Essaye de toutes tes forces d’accéder à eux, malgré les flics, les portes hachoir, les heures d’attente et malgré ta peur. Ne te décourage pas, ne perds pas espoir. Donne-leur mon nom pour que je puisse les aider aussi. Ils n’auront pas plus de dix minutes à t’accorder. Dix minutes pour apprendre à te connaître, pour essayer de rassembler les documents que tu dois avoir éparpillés exprès entre tes différents points de chute, pour rédiger ton recours devant le tribunal et refaire ta demande d’asile. Dix minutes. Tu seras perdu dans un flot d’autres gens, tous aussi dans la merde que toi. Heureusement que tu es complètement francophone et que tu sauras rapidement leurs donner les informations importantes. Il faudra travailler vite et juste, mais ce sera sans aucune garantie, tu le sais, nous en avons déjà beaucoup parlé ensemble.

Je pourrais essayer de venir te voir en visite, mais ce camp a été construit loin de tout. Pour y aller, il faut avoir du temps, et même de l’argent puisque rien que le billet de RER pour s’y rendre coûte 16 euros. La dernière fois que tu avais été enfermé, c’était au centre de rétention de Vincennes je crois, tu avais été entendu par des magistrats à Paris… j’avais pu me déplacer. Pour ce camp-là, le ministre a fait un tribunal à l’intérieur, avec un village judiciaire. Cela va te faire rire… rien que la connexion informatique sécurisée nécessaire à la bonne marche de ce tribunal coûte à elle seule 200.000 euros par an. De toute façon, sur ce point, on en revient encore à ce que dit ta sœur.

Quoi qu’il en soit, les bâtiments sont très difficiles d’accès. C’est ainsi que l’État éloigne ses agissements du regard de la société civile, et des familles des gens qui sont enfermés. Tout ça est négligemment jeté dans un coin d’obscurité, au milieu des champs, loin de l’activité de Paris, tu seras coincé entre les barbelés, les caméras, les détecteurs de mouvement, les flics, et les avions qui décollent. En t’écrivant tout ceci, Arben, je te l’assure, j’ai l’impression d’être dans un cauchemar. Je ne comprends pas. Je sais bien que ce qui sera difficile ne sera pas l’expulsion… car tu sauras  trouver une filière et au moins quitter rapidement Sarajevo. Peut-être iras-tu en Roumanie, où tu pourras te mettre en sécurité quelques mois chez Ion et Nicoletta. Ce qui te ravagera, c’est ce traitement inhumain qui ferait disparaître les traits de n’importe quel visage. C’est ce métal glacial partout, le bruit des avions qui décollent, l’odeur du kérosène, les cris des enfants qui jouent au ballon entre deux barbelés pendant que les flics préparent le fourgon pour les emmener à l’aéroport… un vol vers Colombo, Kinshasa ou Kaboul, là où les bombes, et l’armée les attendent.

Il faudra tenir le coup. Je ne sais pas comment, mais il faudra que tu tiennes. Le droit pourra peut-être t’aider, mais peut-être pas. Tu sais, je m’occupe en ce moment d’une dame française dont le mari a été expulsé l’an dernier. Il ne parvient pas à obtenir de visa depuis, malgré le fait que sa femme soit sourde et qu’ils aient un enfant français de 12 ans à charge. Figure-toi que la préfecture, dans sa réponse à notre recours devant le Conseil d’État a déclaré : « Le requérant ne prouve pas de communauté de vie avec son épouse depuis son expulsion vers la Tunisie ».

Non mais franchement… Je suis navrée. Alors tu vois, au milieu de ça le droit n’a pas grande force. S’il faut aller jusqu’à la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour avoir le droit de vivre avec son mari dans son propre pays, je dis que toutes les limites sont largement dépassées. Et encore, c’est une manière très correcte de le dire.

Du coup, comme ce camp est supposé commencer son obscure activité lundi prochain, nous allons tous nous y rendre pour une grande manifestation. Tu connais déjà les cercles de silences, cette initiative géniale lancée par les franciscains, eh bien nous allons en faire un là-bas. Pour ma part, je suis tellement déstabilisée par tout ça, que pour le moment, je ne vois rien d’autre à faire que de me tenir en silence devant ce camp indigne, que l’État va utiliser en notre nom, puisque c’est nous qui l’avons élu. Enfin je ne reviens pas là-dessus, parce que je vais finir par m’énerver.  Je voudrais qu’il soit possible que nous nous tenions debout tous les deux côte à côte, mais j’espère vraiment que tu ne vas pas faire la bêtise de venir : il y aura des flics partout et tu dois penser à toi. Non seulement tu ne peux plus t’engager, mais tu dois en plus penser à ta propre protection.

Arben, je ne sais pas où tu es, et j’espère que tu ne t’es pas fait arrêter. Mais en attendant, je voudrais te le redire : si tu n’as pas d’endroit où aller, si tu n’as pas de quoi manger, viens à la maison. Il y a pour toi un lit, et un double de mes clés.

Je t’embrasse, ainsi que ta sœur et ton beau-frère. Ne cessez pas d’espérer, tant que vous pouvez, ne cessez pas.

Un intervenant de la Cimade

lundi 22 mars 2010

Silence, on enferme en vrac pour expulser en série

Filed under: Migrants, Politique, Société — Étiquettes : , , , , — Jean-Luc @ 9:06


Le Mesnil-Amelot disposait déjà d’un centre de rétention administrative.
À la fin du mois, il en aura trois.

Ce sont en effet deux nouveaux centres de rétention qui sont construits sur cette commune de 875 habitants, proche de Roissy (commode pour emmener les expulsés dans l’avion), et qui doivent être inaugurés le 29 mars 2010.

Pourquoi deux ? Parce que cette nouvelle construction offrira à nos frères migrants 240 places (un record en France) alors que la loi interdit qu’un centre dépasse 140 places. Éric Besson prétend donc qu’il y a là deux centres côte à côte. Cela lui permet de contourner la loi à peu de frais. Pourquoi pas envisager un centre de 1000 places, en prétendant qu’il y en a sept ?…

On se dirige peu à peu vers une industrialisation de la rétention et de l’expulsion.

La Cimade (entre autres…) appelle les citoyens et les élus à se mobiliser et à venir se joindre à un cercle de silence exceptionnel qui se tiendra le lundi 29 mars à 13 h 30 devant le nouveau centre du Mesnil-Amelot.

Une pétition reste également disponible pour ceux qui tiendraient à exprimer leur mécontentement.

S’il en reste !

jeudi 4 février 2010

Centre de rétention administrative… Tiens, un nouveau ? Non : deux

Filed under: Migrants, Société — Étiquettes : , , , — Jean-Luc @ 23:18

> Pétition et informations sur le site de la campagne


ADDE – Comede – ELENA-France – Emmaüs – Gisti – La Cimade – Ligue des droits de l’homme – Migreurop – MRAP – Réseau Education Sans Frontières – Secours Catholique – Syndicat des Avocats de France – Syndicat de la Magistrature

Centre de rétention du Mesnil 2 :
non à l’ouverture d’un camp d’internement des étrangers !

Alors que les audiences du procès des inculpés de l’incendie du centre de rétention de Vincennes se poursuivent, l’administration s’apprête à créer à nouveau les conditions d’un drame.

La construction du nouveau centre de rétention du Mesnil-Amelot (77) est achevée. L’ouverture est prévue dans quelques semaines. Avec 240 places de rétention, ce centre sera le plus grand de France. Il s’ajoutera au premier centre de rétention du Mesnil-Amelot qui compte déjà 140 places.

L’entrée en fonction de ce véritable camp marque une nouvelle étape de ce que les associations de défense des droits des migrants ont qualifié depuis 2004 d’industrialisation de la rétention. D’exceptionnel, l’enfermement des personnes en situation irrégulière devient peu à peu un outil banal de la politique migratoire.

Le centre de rétention comptera 240 places dont 40 places réservées aux familles. Il est organisé en 6 unités de vie de 40 places autour de deux bâtiments administratifs jumeaux eux-mêmes reliés par une passerelle de commandement. Une double enceinte grillagée et barbelée entoure l’ensemble du camp. Des dizaines de caméras, des détecteurs de mouvements s’ajoutent à cet univers carcéral.

Comme pour le CRA de Vincennes, l’Administration utilise la fiction de deux centres de rétention mitoyens pour contourner la réglementation : celle-ci limite à 140 places la capacité d’un centre de rétention.

La construction envisagée de deux salles d’audiences à proximité immédiate du camp instituera une justice d’exception éloignée de tout regard de la société civile.

Un centre de 240 places représente une moyenne de 40 arrivées par jour (c’était le cas au CRA de Vincennes avant l’incendie du 22 juin 2008). Comme l’a montré la situation de Vincennes, ce type d’univers déshumanisé favorise, encore plus qu’ailleurs, le non-droit, les violences, les auto-mutilations et les tentatives de suicide.

Les associations signataires s’opposent à l’ouverture du futur centre de rétention du Mesnil Amelot. Elles dénoncent la criminalisation des migrants et appellent les citoyens et les élus à se mobiliser contre l’internement administratif des étrangers.

Premiers signataires :
ADDE, Comede, ELENA-France, Emmaüs, Gisti, La Cimade, Ligue des droits de l’homme, Migreurop, MRAP, Réseau Education Sans Frontières, Secours Catholique, Syndicat des Avocats de France, Syndicat de la Magistrature

> Pétition et informations sur le site de la campagne

Contact  : contrecramesnil@placeauxdroits.net

samedi 5 janvier 2008

Franciscains gauchistes, et torture dans la France de droite

Filed under: Migrants, Politique, Religion — Étiquettes : , — Jean-Luc @ 18:21

Ça bouge dans les centres de rétention administrative… Vincennes s’agite. Diverses associations se mobilisent et protestent.

Comme annoncé plus haut (des franciscains contre le chanoine) des franciscains gauchistes de Toulouse, probablement téléguidés par Moscou pour déstabiliser notre gouvernement catholique libéral, organisent des « cercles de silence », chaque dernier mardi du mois, de 18 h 30 à 19 h 30, pour protester contre les centres de rétention administrative, et les conditions dans lesquelles on y enferme des gens dont le seul tort est d’avoir fui les persécutions ou la misère.

Je ne résiste pas au plaisir de citer leur site, sur lequel ils proposent également quelques photos des camps (non je n’ai rien dit de plus) :

Action de soutien envers les sans-papiers


À partir du 30 octobre,
tous les derniers mardi du mois de 18 h 30 à 19 h 30,
des frères franciscains et des membres de la famille franciscaine toulousaine
se retrouveront place du Capitole, en silence et en prière, pour dénoncer
l’enfermement par le gouvernement dans des centres de rétention
des personnes étrangères en situation irrégulière.

Comme frères de saint François d’Assise et au nom de l’Évangile, nous ne pouvons laisser faire cela. Par ce geste nous voulons apporter notre contribution au travail mené, sur le terrain et auprès des décideurs publics, par différentes associations dont nous saluons les actions.

Nous dénonçons d’une part l’enfermement de personnes dont le seul crime est d’être entré en France pour vivre mieux ou pour sauver leur vie. D’autre part, nous tenons à manifester notre inquiétude devant les conditions de détention elles-mêmes :
Le centre de rétention de Cornebarrieu, ville de la banlieue de Toulouse, est muni de vitres anti-chocs et entouré de grillages et de fils de fer barbelés à deux niveaux (à 20 m et 100 m du bâtiment). La cour où peuvent s’amuser les enfants est encore doublement sécurisée à tel point que de grandes plaques métalliques ont été posées afin d’éviter tout regard extérieur.
S’agirait-il de personnes à ce point dangereuses pour nous ?


Saurons-nous trouver des solutions plus respectueuses de l’être humain
et de tous ses besoins, ceux des enfants notamment ?


Je me permets de rappeler que la France a été récemment plusieurs fois condamnée par diverses instances européennes et internationales, pour l’état lamentable de ses prisons, et les conditions déplorables de détention qui y règnent, voire pour des actes de torture (ou ici aussi, il y a un peu plus longtemps ; c’est dire si on a le choix !). Je suppose que notre gouvernement d’extrême droite actuel ne fait pas beaucoup plus d’efforts pour des bougnoules entrés illégalement que pour des purs Français de souche estampillés NF. C’est dire ce que doivent subir ces étrangers qui, en outre, sont détenus à l’abri de tous les regards, exceptés ceux de quelques trop rares délégués de la Cimade.

Il me semble qu’il serait relativement facile de faire écho (silencieusement) à cette action francisco-toulousaine : des « cercles de silence » devant les préfectures, ministères ou mairies, chaque dernier mardi du mois, de 18 h 30 à 19 h 30 (même jour, même heure), avec quelques panneaux explicatifs pour informer les passants, feraient une bonne caisse de résonance à cette protestation.

La prière pourrait y être facultative pour ne pas démobiliser les athées purs et durs…
On peut être à la fois laïque et contre la torture.

N.B. : pour définir correctement le cercle il faut au minimum trois points. Si vous n’êtes que deux, invitez un copain !

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