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mardi 25 novembre 2008

Taser a perdu

Filed under: Politique, Science, Société — Jean-Luc @ 12:49

Taser a perdu le procès en diffamation qu’elle (ou « il »… Emelire, que faut-il dire ?) avait intenté contre Olivier Besancenot. Celui-ci avait déclaré que le pistolet électrique vendu par cette société (et de plus en plus répandu dans les services de police) avait fait des morts aux États-Unis.
Il semblerait donc que Taser n’ait pas pu démontrer le contraire. Sinon, il aurait gagné.

Dans l’un de ses rapports, Amnesty International (qui, contrairement à ce que disent certains, n’est pas une succursale de la LCR) affirme que 290 personnes sont mortes après avoir reçu des décharges de ces pistolets. Besancenot se contentait d’évoquer « plus de 150 victimes ».

On est en tout cas bien loin du slogan publicitaire que Taser expose fièrement sur son site : « Le pistolet électronique qui sauve des vies » !
Sur le même site, la même société proclame : « Les décharges électriques du TASER® n’ont pas d’effets sur le cœur de l’homme. » Textuel ! Et elle en donne pour preuve une expérience dans laquelle 34 volontaires ont été soumis à une décharge équivalente à celle du pistolet : « Aucun incident délétère n’a été observé. »
Ils veulent dire qu’aucun des 34 cobayes n’est mort.

34 ?
Oui, 34 !
Mais s’il y a eu 290 morts aux États-Unis ils ont dû essayer sur plus de 34 personnes ?
Ah, vous pensez ? Vous avez peut-être raison ! Mais aux États-Unis alors.

Trêve de plaisanterie : ce n’est pas parce que 34 gendarmes ou gros bras du FN, en pleine forme, volontaires et bien entraînés ont survécu à une décharge de 50 000 volts que les éclopés malingres, les vieillards cardiaques ou les enfants déficients respiratoires, attaqués par surprise, résisteront tous.

Il serait bon d’avertir les utilisateurs de cet instrument de torture que les malades et les vieillards sont susceptibles de ne pas résister à la décharge. Le problème étant que les flics en mission et dans le feu l’électricité de l’action ne sont peut-être pas à même de décider qui est malade ou pas, qui a le cœur capable de résister ou pas…

Alors ou bien on fait une étude sérieuse, indépendante et impartiale, sur cette saleté, pour démontrer objectivement et indiscutablement que sur plusieurs milliers d’essais, incluant des vieillards cardiaques et des enfants atteints de mucoviscidose, il y a zéro mort, ou bien on en interdit l’usage. À la limite on pourrait peut-être l’autoriser exclusivement pour certains militaires envoyés dans des zones de guerre.

On entend bien la redoutable argumentation de Taser : une arme qui ne tue pas à tous les coups, c’est quand même vachement mieux qu’un pistolet de gros calibre dont chaque balle arrache la moitié de la tête ou traverse le thorax de part en part en y laissant un trou de 3 cm de diamètre…

C’est précisément là qu’est le danger ! Une arme qui ne tue pas à tous les coups, « presque inoffensive », pourrait « donc » être mise entre toutes les mains, « pour éviter les violences » : non seulement gendarmerie et police municipale, mais aussi service d’ordre des manifs, conducteurs d’autobus, gardiens d’immeubles, arbitres sur les stades, surveillants dans les écoles ou petit vieux inquiet pour ses économies…

C’est bon pour le chiffre d’affaires de la société qui les fabrique.

Eh bien non, la diffusion des armes, même celles qui ne tuent pas à tous les coups, n’est pas une bonne méthode pour enrayer la violence. Il n’y a qu’à voir comment la vente libre des armes à feu fait diminuer la criminalité aux États-Unis !

Le commerce des armes n’est pas non plus la meilleure solution à la crise économique

Et même si quelques unités particulières, genre GIGN, peuvent éventuellement en être équipées pour certaines actions bien choisies, est-il réellement utile d’en mettre à disposition des policiers en exercice dans les Centres de rétention administrative, ou des agents municipaux chargés de la circulation ou de la surveillance de la sortie des écoles primaires ?

Sur son site, la société Taser propose un sondage avec une question à choix multiple : « Selon vous qui doit être équipé du Taser X26 ? »
Il est possible d’y répondre.

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5 commentaires »

  1. ah ben alors si tu m’appelles comme linguiste… j’écrirais « elle » tout en précisant « la société Taser » (ou l’entreprise Taser) qui sont donc féminin. Ouf ! Franchement, dans quel cerveau a pu germer cette idée de taser … J’imagine parfaitement bien les dérives de ces objets mis entre certaines mains !!! Je ne suis pas fana de Besancenot mais j’avoue que sur ce coup là, il a bien fait de médiatiser. C’était vraiment un instrument de torture mis entre toutes les mains ! …

    Commentaire par Emelire — mardi 25 novembre 2008 @ 16:46

  2. Cela reste un instrument de torture. Pas encore entre toutes les mains, et on peut espérer qu’il le sera moins que ce que la société Taser espère.
    Grâce à Besancenot.
    Et grâce à Amnesty international qui, si je ne m’abuse, a aussi droit à un procès à venir.

    Commentaire par Jean-Luc — mardi 25 novembre 2008 @ 18:52

  3. pour Amnesty je n’en ai pas entendu parler, je ne crois pas que Taser s’aventurerait à ça … comme Amnesty *se contente* toujours de ‘recommander’, de ‘prier’ de, de ‘bien vouloir’, etc. ce qui est bien différent de l’action menée par Besancenot (mais il avait repris les données d’Amnesty, certes… pour étayer sa position). Amnesty pointe et ensuite les assocs ou partis reprennent ça disons comme une base « droits humains », idem pour les conditions de vie en prison, le droit d’asile, les violences aux femmes, etc. C’est aussi sa « neutralité » qui fait sa crédibilité. Les attaquer soulèverait un tollé (enfin je l’espère !)

    Commentaire par Emelire — mercredi 26 novembre 2008 @ 16:20

  4. Alors un article du Monde d’hier soir précise que « le directeur général de Taser France avait indiqué que l’entreprise n’avait pas jugé bon de poursuivre Amnesty International au motif qu’ “on n’attaque pas une organisation qui a reçu le prix Nobel de la paix” ».
    Ceci démontre bien qu’il en avait au moins été question.
    Le président de Taser peut essayer de faire croire qu’il a de grand sentiments, mais cela ne m’empêche pas personnellement de penser qu’il a un peu les chocottes et qu’il n’ose pas s’attaquer à AI, qui est, comme le Canard enchaîné, une institution inattaquable… ou presque, tant leurs sources sont vérifiées et indiscutables.

    Commentaire par Jean-Luc — mercredi 26 novembre 2008 @ 23:28

  5. La société Taser s’est pris une décharge… juridique.

    Outre qu’elle n’est pas claire par rapport à la surveillance exercée par une officine où s’activent d’anciens policiers (mis en examen), son PDG continue à jouer un petit jeu ridicule quand on sait les charges qui pèsent sur lui (documents de filature du responsable de l’ancienne LCR retrouvés dans ses locaux…, photos, etc.).

    M. Di Zazzo a fait appel comme un zozo qu’il est.

    Il faut faire confiance en la justice de notre pays.

    Commentaire par Dominique Hasselmann — vendredi 28 novembre 2008 @ 15:52


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