Entendre

dimanche 2 novembre 2008

Prime de transport

Filed under: Economie, Politique, Société — Jean-Luc @ 16:47

L’Assemblée a rétabli la prime de transport, proposée par le gouvernement, puis supprimée par une commission dans laquelle sévissaient Pierre Méhaignerie (UMP), et Yves Bur (UMP).

Je veux juste ici comparer les arguments des partisans et adversaires de cette prime.

Les partisans de la prime de transport (en gros : les syndicats) expliquent, bien sûr, que les salariés sont à bout de force, qu’ils ne peuvent plus supporter l’augmentation du coût de la vie en général, et de celle de l’essence en particulier.

On peut remarquer à ce sujet que, si le prix de l’essence augmente parallèlement à celui du pétrole quand le baril monte, il ne descend que très lentement, voire pas du tout quand le baril descend. Les pétroliers ont beau jeu d’expliquer que c’est trèèèèèès compliqué, qu’il faut faire des calculs de moyennes sur les trimestres, diviser par la racine carrée du bénéfice de l’année précédente, soustraire l’âge du capitaine, et patati et patata… On constate néanmoins et très brutalement que :
– avec un baril à 100 dollars (janvier 2008), l’essence est à 1 euro le litre (j’arrondis),
– avec un baril à 150 dollars (juillet), l’essence est à 1,50 euro,
– et avec un baril redescendu à 60 dollars (octobre), l’essence est… non, l’essence n’est pas à 0,60 euro, elle reste scotchée aux alentour de 1,25 euro, comme si le baril était à 125 dollars !…
Et je ne parle pas du prix du gaz, indexé comme chacun sait sur celui du pétrole, sans que jamais personne n’ait pu en expliquer clairement la raison, s’il y en a une !
On pourrait appeler ça l’effet cliquet.
En l’occurrence et pour le cas présent, j’appelle ça de l’escroquerie.
Si un boulanger s’avisait de faire la même chose avec le prix de sa baguette quand le prix du blé monte ou descend, il serait en prison depuis longtemps.

Mais revenons à nos moutons :
les adversaires de la prime de transport (en gros : les chefs d’entreprise)
disent, bien sûr, que les entreprises sont à bout de force, qu’elles ne peuvent plus supporter l’augmentation du coût de la vie en général, et de celle du pétrole en particulier.

Il est probable que les uns et les autres ont raison tous les deux, mutuellement, et réciproquement :
Oui, les salariés ont du mal. Et oui, les entreprises ont du mal.
Tout le monde a du mal. C’est une conséquence directe du libéralisme avancé qui a conduit le capitalisme à la catastrophe.

Mais s’il faut choisir, et il est probablement nécessaire de le faire puisque les caisses de l’État sont vides depuis qu’on y a prélevé 360 milliards pour remettre les banques en état de nuire, il serait stupide et suicidaire de ne pas privilégier les salariés.

Car si les entreprises crèvent, les salariés auront toujours la possibilité d’acheter un peu moins de téléphones portables, un peu moins d’essence, ou même un peu moins de viande. À la limite, ils seront réduits à cultiver un petit lopin de terre pour survivre avec quelques patates, un lapin, deux poules et un coq nain (avec un petit escabeau, comme disaient Font et Val).
Fauchés mais… vivants !
L’homme a vécu des millions d’années sans le secours de Danone, Total, Bouygues ou la BNP… Il ne faudrait quand même pas qu’ils (je parle de
Danone, Total, Bouygues ou la BNP) se croient indispensables.

Alors que si ce sont les salariés qui crèvent, elles auront bonne mine nos entreprises florissantes, avec un siège social en marbre rose équipé de poignées de porte en or massif, avec des usines modernes, performantes et en parfait état, mais personne pour les faire tourner !
Et même si elles tournaient un petit peu, personne pour acheter les produits fabriqués, puisque les salariés sont également les clients.

Non, il n’est pas bon que l’entreprise se développe au détriment des salariés-clients.

Comme le petit Nicolas n’arrête pas de le proclamer (tout en faisant exactement l’inverse) :
c’est l’homme qui doit passer avant l’économie.

Publicités

2 commentaires »

  1. je pense que l’homme et la femme, l’humain, doivent passer AVEC l’économie. Ni avant, ni après. On devrait à chaque fois, rechercher le progrès, immédiat, moyen terme, durable. Et s’assurer que les derniers ne soient pas trop loins derrière les premiers. Parce qu’en faisant ça, on s’oblige déjà à rester sur le terrain, à voir les conséquences des politiques. Souvent, en tant que féministe, je me pose juste la question : cette décision, cette mesure, qu’est ce qu’elle va signifier en PRATIQUE pour les femmes. Eh bien si j’avais été une militante écolo je me poserais exactement la même question : cette mesure, ce choix, que va-t-il donner en PRATIQUE pour les humains, maintenant et à plus long terme … et ensuite on peut faire un ‘choix’ …

    Commentaire par Emelire — mardi 4 novembre 2008 @ 13:17

  2. C’est très beau, Emelire, mais je me demande si ce n’est pas très théorique.
    Les choix économiques ne sont pas vraiment de notre ressort mais en l’occurrence de celui de l’Assemblée : prime de transport ou pas, c’est eux qui choisiront, en fonction des hurlements des entreprises ou des syndicats.

    Et nous avons ici de la chance que le choix se fasse pas trop loin de nous.
    Mais lorsque c’est Total qui décide de soutenir la junte des tortionnaires birmans pour pouvoir profiter de leur gaz, ou qui envisage de provoquer ou d’entretenir une guerre civile au Nigeria pour pouvoir exploiter son pétrole pendant que les populations s’entretuent, je crois que ni toi ni moi, ni les députés, ni même le petit Nicolas sommes de force à résister à l’appât du gain. Du gain pour Total, qui va encore faire quelques milliards de bénéfice cette année ( https://entendre.wordpress.com/2008/05/09/niveau-de-vie/ ) alors que la pauvreté explose dans la population. Là, l’économie, la vraie, la grande, s’occupe de remplacer les hommes politiques, et se fout de l’homme tout court qui ne rapporte rien.

    Je pense réellement que l’homme (et la femme !) doit être privilégié et passer avant l’entreprise. Il y a maintenant trop de salariés pauvres et trop d’entreprises riches, bien que ce ne soit pas systématique, bien sûr. Mais la crise actuelle montre bien que laisser les entreprises faire ce qu’elles préfèrent n’est bon ni pour leurs salariés ni pour elles-mêmes.

    Commentaire par Jean-Luc — mardi 4 novembre 2008 @ 19:55


RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :