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jeudi 15 novembre 2007

Abolition des privilèges

Filed under: Politique — Jean-Luc @ 16:42

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il y a actuellement beaucoup de mouvements autour des soi-disant privilèges de certaines professions bénéficiant de « régimes spéciaux ».

Lorsque j’étais jeune, après de longues études scientifiques, on m’a présenté le choix :

Entrer dans une boîte privée luxueuse, genre Saint-Gobain ou Schlumberger, pour gagner des fortunes avec un salaire indécent, qui pouvait être multiplié par deux ou trois tous les cinq ans, sous la direction d’un petit chef aigri et insupportable, et avec le risque de me faire virer chaque semaine pour cause de « plan social » (comme ils disent !).

Ou bien aller à la faculté, « peinard », pratiquement sans chef, sécurité de l’emploi assurée, mais pour gagner des clopinettes à vie.

 

J’ai choisi la fac. Je ne regrette absolument pas.

Mais je n’aurais pas apprécié qu’après dix ou vingt ans de carrière on m’annonce que, sous prétexte d’abolition des privilèges, je perdais la stabilité de l’emploi, et que j’allais travailler sous la direction d’un petit chef insupportable, mais que je continuerais à gagner des clopinettes.

Depuis bien longtemps, les différences entre le public et le privé sont connues, et la plupart des gens, je suppose, choisissent lorsqu’ils le peuvent l’un ou l’autre en connaissance de cause.

Qu’au nom de l’égalité, on cherche à abolir, ou tout au moins à réduire ces « privilèges » ne me choque pas a priori, encore qu’il me semble normal que certains préfèrent travailler plus pour gagner plus, et que d’autres aiment mieux gagner moins en vivant mieux ! Tous égaux, pourquoi ne pas essayer ? Mais obtenir une stricte et rigoureuse égalité entre tous les Français me semble bien utopique ! Comment apprécier le « prix » des 3×8 d’une infirmière, et le comparer équitablement avec les 35 h (de jour) d’un facteur ? Peut-on évaluer l’effort physique d’un ouvrier maçon et le comparer à l’absence d’effort physique d’un enseignant du secondaire, qui a, lui, des copies à corriger le soir ?

Mais dans tous les cas, si l’on choisit d’abolir les privilèges, il convient de les abolir tous : si l’on aligne des âges de retraite du public et du privé, il faut aussi obtenir l’égalité de rémunération entre les enseignants de l’école publique et les ingénieurs de Total. Parachutes dorés pour tous, pour les fonctionnaires des guichets de la Poste comme pour Forgeard, ou pas de parachute doré, pour personne. Pas non plus de retraite avant 60 ans pour les militaires, et pensions des parlementaires alignées sur celle des cheminots (cf. La Mouette).

Et surtout, ce qui me semble le plus injuste dans les prévisions actuelles, c’est que l’on envisage de modifier les règles du jeu en cours de route. Je comprends parfaitement la colère d’un conducteur de train qui a choisi ce métier parce qu’il pourrait prendre sa retraite à 55 ans, et à qui on annonce après 20 ans de carrière que c’est terminé et qu’il doit faire 5 ans de plus pour aller jusqu’à 60 ans.

S’il doit y avoir des changements de cet ordre, ils ne peuvent s’appliquer qu’aux nouveaux recrutés, qui peuvent continuer à choisir leur carrière en connaissance de cause. Il y a là une question d’honnêteté, de non-rupture de contrat, et de non-rétroactivité de la loi, déjà proclamée dans l’article 8 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : « nul ne peut être puni qu’en vertu d’une Loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée. »

Il ne s’agit pas vraiment de délit, mais le principe reste le même…

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