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jeudi 8 novembre 2007

Client-roi

Filed under: Politique, Publicité — Étiquettes : , — Jean-Luc @ 13:21

Longues queues vendredi dernier aux caisses de mon Carrefour préféré. Enfin… disons le plus proche de chez moi. Un panneau suspendu au-dessus des caisses annonce quelque chose comme : « Carrefour vous garantit moins de dix minutes d’attente aux caisses. » Je me dis in petto : « Je chronomètre ! »

Treize minutes pour arriver à la caisse ! Je me rends à l’accueil pour leur annoncer qu’ils ont perdu et je demande :

Si on a attendu plus de dix minutes, qu’est-ce qu’on gagne ?

Rien, me répond l’hôtesse, modérément aimable.

Ah ben vous ne vous engagez pas beaucoup. Vous pourriez tout aussi bien garantir moins de trois minutes d’attente !

Oui, mais on fait tout ce qu’on peut pour que l’attente ne dépasse pas dix minutes.

Tant que cela reste du domaine du souhait, c’est moyennement intéressant pour le client… Et l’afficher comme si c’était un engagement ferme est de l’escroquerie.

Il y avait dans un Monde récent un article fort intéressant sur « la fin du client-roi ». Et il est vrai que de plus en plus, on a l’impression que tous les fabricants, marchands, artisans, vendeurs et autres commerciaux (dans le privé comme dans le public) se foutent du client, qui ne leur semble pas vraiment nécessaire.

Pourquoi le client n’est plus roi
LE MONDE | 01.11.07
© Le Monde.fr

Il fut pourtant un temps, pas si lointain, où le client avait droit à quelques égards, où les fabricants cherchaient le « zéro défaut », où les vendeurs étaient presque aimables… Mais, d’après l’article cité, Laurence Parisot soutient que « penser la politique économique en mettant le consommateur au centre » a conduit à « l’impasse ». En lisant ce genre d’inepties, on se demande quelle pourrait être l’utilité de « penser la politique économique » tout court… Faire de l’économie uniquement pour le plaisir de faire de l’économie, sans tenir compte des clients, usagers et consommateurs a-t-il vraiment un sens ? Surtout si l’on se désintéresse par la même occasion du salarié, celui qui produit, en le licenciant par charrettes entières pour faire monter le CACArente ! Non, madame Parisot. Tant que l’économie se désintéressera de l’homme et souhaitera sa disparition, qu’il soit client ou salarié, elle sera inacceptable.

Le consommateur, pour les entreprises, les commerçants et le Medef, n’a plus aucun intérêt. Il gêne…

Cela me rappelle une phrase d’un lointain article du Monde (en 1995), qui m’avait impressionné, sur un sujet très voisin, le circuit court :

« Le rêve de tout industriel d’aujourd’hui serait de produire du profit sans intermédiaire aucun ; à la limite, sans produit. C’est du moins ce que laisse entendre la logique des marchés financiers. »

Faire de l’économie et produire du profit sans intermédiaire, sans salariés, sans produit et… sans clients.

Voilà l’idéal de notre société libérale avancée !

Tellement avancée qu’elle commence à sentir un peu…

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Un commentaire »

  1. Très bien pensé et résumé ! Il y a belle heurette que le client n’est plus roi si tant est qu’il l’ait jamais été… Mais mieux traité, sans nul doute. Enfin, en principe. J’ai le souvenir d’une papeterie d’Orléans, je ne sais pas si elle existe encore, en face des archives, au coin de la rue d’Illiers et des Minimes si ma mémoire ne me trahit pas (Aloïs qui ?). Vous aviez toujours l’impression de déranger !… Mais je crois que c’est une caractéristique orléanaise (pas tous, heureusement).
    Je ne pense pas que le client soit roi quand on change les produits, leur composition, à tout bout de champ. J’ai dû arrêter d’en acheter un certain nombre parce que j’ai fait des allergies du jour au lendemain et je suis persuadée que la composition chimique y est pour beaucoup.
    L’économie sans support… Il fallait y penser. Je subodorais ce nouveau « concept » depuis bon nombre d’années mais on y arrive peu à peu.
    Derrière le fatras d’inepties de Parisot(e) on voit en filigrane que l’homme n’est plus mesure de toutes choses (Protagoras définitivement out !) mais quitte à me répéter : étymologiquement économie signifie gestion de la maison… curieuse demeure où l’homme n’a plus la place centrale !
    Autant, pour l’école, mettre « l’enfant au centre » est une fumisterie de première bourre (ce sont les savoirs qui doivent avoir la place centrale) autant refuser de mettre le consommateur « au centre de l’économie » relève d’un déni de bon sens. A quoi sert en effet de produire des biens et des services si les besoins et les attentes du consommateurs ne sont pas pris en compte… Et pas tels qu’essaient de nous les fourrer dans le têtiau la cohorte des pubeux de toutes sortes ! Parce que cela aussi relève de l’aberration ! toujours plus cher, toujours plus gros et donc souvent plus gourmand en énergie. Des produits qui ne sont surtout pas faits pour durer, au demeurant. Dans ce sens-là, je suis très « conservatrice » (j’aime le durable et pas le jetable… gaspillage que ne saurait apprécier une fille d’Ecossaise !).
    Cette citation de 1995 avait échappé à ma sagacité mais rejoint ce que je subodorais déjà à l’époque.
    J’avais même écrit que l’idéal absolu serait d’inventer le robot à consommer !

    Commentaire par kamizole — vendredi 9 novembre 2007 @ 3:56


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