Entendre

mercredi 8 août 2007

La Bourse ou la vie (ou “Tout ce qui est rare est cher”)

Filed under: Economie, Politique, Science — Étiquettes : , , — Jean-Luc @ 11:16

Allez ! Depuis hier j’ai 64 ans. Je m’attaque à la Bourse, il est temps d’en finir.

On connaît le syllogisme :

« Tout ce qui est rare est cher.

Un cheval à un franc est rare.

Donc un cheval à un franc est cher. »

(C’est un vieux truc qui date d’Aristote ; on n’avait pas encore inventé l’euro. Peut-être même que la version originale est en sesterce ou en drachme).

C’est sur un principe analogue (un peu simplifié parce que tous les boursiers ne sont pas si intelligents que ça) que la Bourse fait monter le prix du cheval.

Les petits gars décérébrés qui s’agitent autour de la corbeille voient monter les tarifs. Ils pensent que le produit se raréfie, et ils achètent. Donc le prix monte (ça s’appelle la loi du marché : plus on en demande, plus c’est cher. On ne peut rien y faire, c’est la loi). Et plus le prix monte, plus ils achètent parce que plus ils pourraient gagner s’ils revendaient. Mais ils ne revendent pas puisque le prix monte.

Ça c’est le fonctionnement de base. À la portée d’un enfant de quatre ans.

Et puis un jour, pour une raison quelconque (erreur d’affichage, manque de sommeil, bruit ambiant, abus d’alcool ou de stupéfiants…) le tarif baisse un peu. Les petits gars décérébrés qui s’agitent autour de la corbeille pensent que le produit est trop abondant, que plus personne n’en veut, et que leur stock va leur rester sur les bras et pourrir dans les 24 heures. Donc ils vendent en urgence. Donc le prix baisse (c’est la loi du marché : moins on en veut, moins c’est cher. On ne peut rien y faire).

Et là, c’est le début de ce qu’on appelle un crack (ou krach ; prononcer « crac »).
Si personne n’intervient, c’est la panique chez les décérébrés qui s’agitent de plus en plus autour de la corbeille. D’où la très belle photo que le Monde a publiée sur sa « Une » du 28 juillet et que Kamizole a magistralement commentée dans son blog « Lait d’beu ».
Il y en a même qui se suicident !

caca40.jpg

Mais lorsque la baisse des prix commence à menacer vraiment les intérêts de gens importants, ceux qui ont du fric pour de vrai et qui rigolent pas avec, Shell, Monsanto ou Novartis par exemple, les grandes multinationales se réunissent (aux Seychelles ou aux Marquises, parce qu’il y fait plus chaud), et font « plouf, plouf » pour désigner l’une d’entre elles qui s’y colle pour racheter. Les petits gars décérébrés qui s’agitent autour de la corbeille constatent que quelqu’un rachète tout ce qu’ils vendent et en déduisent qu’il y a de bonnes affaires à faire. Donc ils achètent. Donc le prix monte (loi du marché…). Shell Monsanto et Novartis recommencent à monter. Jusqu’au prochain crach-krack.

Il y a bien longtemps qu’on sait faire fonctionner la Bourse rien qu’avec des ordinateurs qui ne pensent rien (IF « Prix montent » THEN « Acheter » ; IF « Prix baissent » THEN « Vendre »). C’est également un principe de base de la construction des oscillateurs, bien connu des physiciens, si l’on introduit un déphasage adéquat entre le signal d’entrée (« Prix montent ») et le signal de sortie (« Acheter »). La seule différence entre l’ordinateur et le petit gars décérébré qui ne pense rien et qui s’agite autour de la corbeille est que l’ordinateur n’a jamais peur de rien et ne se suicide jamais. On économise donc le tranxène. Et les frais d’obsèques. J’ai d’ailleurs moi-même écrit un programme de Bourse qui fonctionne parfaitement, avec un CACArente qui suit presque parfaitement les évolutions du vrai (avec quelques jours d’avance), et j’ai récemment subi un petit crack tout à fait parallèle à celui qui est arrivé dans la vraie vie il y a quelques jours.

Il serait grand temps d’apprendre à ces marionnettes grotesques que les vraies valeurs ne sont pas celles du CACArente (dont je ne sais toujours pas ce qu’il mesure) ni de l’indice niqué, mais le bonheur de l’homme, et donc son malheur… J’avais déjà évoqué cette question et suggéré la lecture du rapport Viveret dont on ne dira jamais assez l’importance fondamentale.
Travailler à Médecins sans frontières, à Amnesty International, dans un service de soins palliatifs ou dans l’éducation nationale est une occupation autrement plus importante que s’agiter autour d’une corbeille pour vendre et acheter les petits papiers que le copain d’en face achète ou vend. Ce que peut faire n’importe quel ordinateur, même mal programmé !

Le jour où la Bourse disparaîtra, l’humanité aura fait un grand pas.

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2 commentaires »

  1. […] l’économie et la Bourse… J’entends d’ici les hurlements de terreur des petits gars décérébrés qui s’agitent vainement autour de la corbeille si on annonçait que 35 % des actions liées […]

    Ping par Les abeilles crèvent… tout le monde s’en fout ! « Entendre — jeudi 6 décembre 2007 @ 18:12

  2. […] qu’est-ce qu’une correction ? Une correction c’est pour rectifier les erreurs bêtes des petits gars décérébrés qui s’agitent autour de la corbeille en achetant tout et n’importe quoi pourvu que ça monte. […]

    Ping par Ceci n’est pas un krach « Entendre — vendredi 25 janvier 2008 @ 17:08


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