Entendre

Jeudi 19 novembre 2009

Éric Besson hors la loi ?

Classé dans : Migrants, Politique, Société — Jean-Luc @ 23:39

ACAT-France, Amnesty International, La Cimade, CAAR, Dom’Asile et le Secours Catholique dénoncent les violations du droit d’asile et les pratiques illégales des préfets d’Île de France…

Les Préfets hors la loi ?… Des pratiques illégales ? Éric Besson complice ? Je n’ose y croire. Un homme si droit, si fidèle à ses engagements !

Voici un texte publié par les associations précitées :

Entre le 12 et le 14 novembre 2009, le tribunal administratif de Versailles a ordonné à 10 reprises à la préfète des Yvelines de cesser de porter une atteinte grave et manifestement illégale au droit d’asile de demandeurs d’asile empêchés d’accéder au guichet. Il lui a enjoint de les convoquer sans tarder.

À Versailles, seuls trois ou quatre demandeurs d’asile sont reçus chaque jour pour déposer leur demande au guichet de la préfecture. Pour ce faire, ils sont alors contraints de revenir plusieurs fois, de dormir dehors et de s’organiser afin d’espérer accéder au guichet « asile » de la préfecture. Le risque, pour les non-admis est, lors d’un contrôle policier, d’être considéré comme « sans-papiers » et donc susceptibles d’une mise en rétention pour éloignement.
C’est un exemple parmi d’autres des pratiques préfectorales illégales que le Groupe Inter Associatif Asile en Île-de-France a observé de novembre 2008 à novembre 2009 dans sept services préfectoraux : Paris, Yvelines, Essonne, Hauts de Seine, Seine Saint Denis, Val de Marne et Val d’Oise, à travers un accompagnement concret des demandeurs d’asile en préfecture et un recueil d’informations.
[…]
Le droit d’asile est entravé et les droits fondamentaux des demandeurs d’asile ne sont pas respectés. Ils ne sont pas ou mal informés de leurs droits et obligations. L’accès à la procédure d’asile elle-même est rendu très difficile. Des restrictions excessives sont portées au droit de séjourner en France durant l’examen de la demande d’asile. Toutes ces pratiques illégales ne font qu’accroître la précarité des demandeurs d’asile et les dissuadent de demander la protection de la France. L’accès à la procédure d’asile doit être simplifié avec pour seul objectif celui de protéger les demandeurs d’asile.

Allo, madame la préfète ?…

-

Mercredi 11 novembre 2009

Marie NDiaye

Classé dans : Divers, Langue, Migrants, Politique — Jean-Luc @ 16:51

« Je trouve cette France-là monstrueuse. […] Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité… Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux. […] Pour moi, ces gens-là représentent une forme de mort, d’abêtissement de la réflexion, un refus d’une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n’a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n’a plus. »
Marie NDiaye (dans un entretien pour les Inrockuptibles, en août dernier).

Le 2 novembre 2009, Marie NDiaye a reçu le prix Goncourt.

Le 10 novembre, Éric Raoult, ex-Front national, estime qu’il faut la faire taire  : « Une personnalité qui défend les couleurs littéraires de la France se doit de faire preuve d’un certain respect à l’égard de nos institutions. » En gros : « Ferme ta gueule, sale négresse, c’est déjà bien beau qu’on t’ait donné un prix, tu ne vas pas en plus critiquer notre Guide Suprême et ses petits guidouilloux. »

Voilà un très grand moment dans le plus pur style « Corée du Nord »…
Quand elle a été interrogée l’été dernier, elle ne savait pas qu’elle aurait le prix Goncourt. Elle ne « défendait donc pas les couleurs littéraires de la France
». Si elle n’avait pas eu ce prix, personne ne lui aurait rien reproché…
Mais il faudrait peut-être  maintenant lui demander de chanter la Marseillaise, pour s’assurer qu’elle a bien la bonne identité nazionale ?

Éric Raoult est maire du Raincy, ville qui a moins de 5 % de logements sociaux… Il préfère payer l’amende. Mais lui, il a probablement la bonne identité nazionale.

Aujourd’hui, Marie NDiaye a estimé ses propos de cet été « très excessifs »

Est-ce qu’elle aurait subi des pressions ?

-

Jeudi 5 novembre 2009

Faisons un rêve

Classé dans : Migrants, Politique, Société — Jean-Luc @ 19:44

Le débat sur l’identité nationale est donc ouvert.

Admettons,… faisons un rêve, imaginons que ce débat arrive à la conclusion, c’est une hypothèse, que la bonne identité nationale c’est :

être né en France, avoir des parents français, habiter en France, être catholique (si possible pratiquant), être blanc ou à peine rosé, manger du camembert et du saucisson et boire du côtes du Rhône régulièrement, parler français comme première langue maternelle, être marié devant le maire et devant le curé, ne pas être excisée (pour les femmes) ni circoncis (pour les hommes), avoir 2 enfants, les envoyer à l’école laïque pour qu’ils apprennent la Marseillaise, ne porter ni burqa ni turban sur la tête, fêter Noël et Pâques chaque année, être cadre supérieur, avoir un revenu mensuel supérieur (à 2 500 €), et surtout, surtout… posséder un drapeau tricolore et hisser les couleurs chaque matin à l’aurore en chantant la Marseillaise…

Bon, admettons, supposons, c’est une hypothèse.
On pourrait en choisir une autre.

Et alors, ensuite, qu’est-ce qu’on fait des autres ?

Tous ceux qui n’ont pas la bonne identité nationale ?

-

Mardi 3 novembre 2009

Impuissance

Classé dans : Migrants, Politique, Société — Jean-Luc @ 18:28

Brice Hortefeux (si, si, souvenez-vous, celui qui voulait faire des tests ADN pour vérifier que les sales nègres qui entrent en France sont bien des sales nègres) continue à nuire. Oui, oui, il est toujours vivant ! Hélas.

Après avoir participé à un gouvernement qui a supprimé 11 000 enseignants, il va maintenant recruter 10 754 policiers et gendarmes, avec une augmentation de budget de 1,28 %.
Non, ce ne seront pas les mêmes personnes…

Virer les profs pour recruter des flics, c’est un choix !

C’est aussi un aveu d’échec : « Puisque nous n’avons pas réussi à éduquer, il nous faut maintenant réprimer. »

-

Vendredi 30 octobre 2009

Il ne manque pas d’air, Éric…

Classé dans : Migrants, Politique — Jean-Luc @ 6:00

Oui, je parle (encore !) de Besson, Éric Besson, notre sinistre de l’identité choisie, de l’immigration nazionale et de la pureté de la race bretonne.

Il y a une semaine, il renvoyait par charter spécial trois afghans se faire décapiter chez eux. Parce qu’ils n’avaient pas de papiers. Et qu’il a refusé de leur en donner.

Aujourd’hui, il annonce qu’il ne renverra plus d’afghans dans leur pays « si la situation continue à se dégrader en Afghanistan ».

Il y a une semaine, il nous a garanti que la situation était calme, parfaite, tout autorisait à renvoyer chez eux, avec « un accompagnement individualisé », de braves Afghans qui ne demandaient que cela.

Mais aujourd’hui, il découvre brusquement qu’il y a la guerre en Afghanistan, et que les rues de Kaboul ne sont pas sûres…

Ah ben oui, c’est la guerre. Mais elle ne s’est pas installée depuis la semaine dernière ! Voyons, Éric, il faut sortir un peu, écouter la radio, lire le journal…

Il a osé ajouter : « La France est la plus généreuse [...]. Le Royaume uni, la Suède, la Norvège, les Pays-Bas reconduisent très régulièrement des Afghans. »
Je répète
que cet argument est ignoble, infâme, digne des pires SS de la dernière guerre : « Oui je fais des saloperies immondes, mais je ne suis pas le seul : regardez bien mes petits camarades, ils font pire que moi. »

Et en plus il donne des noms ! Ouh, le cafteur !

« France über alles » ?

-

Mardi 27 octobre 2009

Identité nazionale et pureté de la race

Classé dans : Migrants, Musique, Politique, Société — Jean-Luc @ 21:45

Voilà qu’Éric Besson se propose de réfléchir à l’identité nationale et de faire réfléchir les Français avec lui… Depuis deux ans et demi que son ministère existe, il aurait pu y penser plus tôt !

Éric Raoult, député UMP, ex-Front national, a apprécié cette « bonne nouvelle ».

Frédéric Lefèbvre, le cabot du petit Nicolas, a déclaré : « La défense de notre modèle culturel et de la “Douce France” chantée par Charles Trenet, passent par la redéfinition de notre identité nationale. » La défense de la Douce France ! Faut-il lui rappeler que la Douce France en question a été chantée par le dénommé Trenet pendant la guerre, peut-être pour faire croire que la France occupée valait bien celle d’avant-guerre ?

Une idée qui semble plaire à notre sinistre de l’identité nazionale, de l’immigration choisie et de la pureté de la race est que seraient déclarés de bonne et pure identité française ceux qui prennent plaisir à chanter la Marseillaise régulièrement : « …il serait bon […] que tous les jeunes Français aient une fois dans l’année l’occasion de chanter la Marseillaise »

Voilà une bien curieuse idée, importée des États-Unis (ce qui doit réjouir le petit Nicolas, qui rêve de recevoir le prix Nobel de la paix). Je ne suis pas certain que les Italiens, les Indiens ou les Israéliens se gargarisent d’hymnes nationaux. Mais il est vrai qu’aux États-Unis, tout le monde chante l’hymne national avec beaucoup de gravité, la main sur le cœur. En tout cas quand la télé est là. Et j’avoue que c’est très émouvant.

Mais…
Mais l’hymne américain (comme l’hymne russe d’ailleurs, ou l’hymne allemand) est écrit sur une très belle musique, du genre qui donne un peu des frissons dans le dos… et envie de mettre la main sur le cœur. Et nous avons ici l’avantage de ne pas en connaître les paroles. Je viens de rechercher : elles sont assez nouilles, se contentant de louer la « bannière étoilée ».

Au contraire, les paroles de la Marseillaise sont vraiment insupportables, nous proposant d’éventrer nos voisins, « farouches soldats » qui « mugissent » comme de sales grosses vaches (alors que nos soldats à nous sont « de fiers guerriers »), pour « qu’un sang impur abreuve nos sillons ». Ça fait un peu abattoir ou corrida. Dans tous les cas, boucherie

En outre, la musique de la Marseillaise, fanfare militaire d’une vulgarité déprimante, est d’une pauvreté consternante.

Si c’est ça l’identité nationale, je demanderai rapidement à changer de nationalité !

-

 

Vendredi 23 octobre 2009

Article L622-1 du CESEDA

Classé dans : Migrants, Politique, Société — Jean-Luc @ 12:43

Éric Besson, sinistre de la maîtrise de l’immigration choisie et de l’identité nazionale du petit Nicolas, et successeur du regretté Brice Hortefeux, avait déclaré en juillet dernier devant des associations d’aide humanitaire :
« Les lieux dans lesquels est apportée l’aide humanitaire doivent être en quelque sorte sanctuarisés, afin de bien marquer le caractère inconditionnel de cette aide. Les lieux où sont soignés, alimentés, hébergés les personnes en situation de détresse, ne sauraient être la cible d’une politique de contrôle et d’interpellation. »

Mercredi, à Rouen, lors d’une distribution de repas et de produits d’hygiène par les « Camions du cœur », une dizaine de sans-papiers ont été interpellés.

Comme qui dirait : il joint les actes à la parole. Voilà qui montre une forte cohérence entre le discours et l’action. Ça frise la schizophrénie…

Est-ce que cela va durer longtemps ?

En outre et par ailleurs, il est urgent d’abroger l’article L622-1 du Code d’entrée et de séjour des étrangers et droit d’asile (CESEDA).
Je cite :
« Toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers, d’un étranger en France sera punie d’un emprisonnement de cinq ans et d’une amende de 30 000 Euros. »

Éric Besson prétend que ce texe ne vise que les « passeurs », et non pas ceux qui donnent un sanwich aux affamés de la jungle de Calais… Mais s’il a toujours autant de suite dans les idées il pourrait bien, contrairement à ses proclamations, et en appliquant strictement ce texte, continuer à faire arrêter les bénévoles des Restos du cœur, ou les bonnes âmes qui ont apporté du savon aux trois afghans qu’il a fait renvoyer se faire tuer par les talibans dans leur pays en guerre.

-

Jeudi 8 octobre 2009

Heil, Société générale !

Classé dans : Economie, Migrants, Société — Jean-Luc @ 23:19

Un Mauritanien sans-papiers, Yaro S., venu samedi retirer de l’argent de son compte, a été dénoncé à la police par le guichetier et se trouve actuellement en rétention au Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) où il risque l’expulsion, a indiqué jeudi la Cimade, confirmant une information du Parisien.

Yaro S., né en 1968 en Mauritanie, en France depuis 2002 et aide-cuisinier dans un restaurant, était allé samedi à l’agence de la Société générale de Boulogne (Hauts-de-Seine) pour retirer de l’argent de son compte. À la demande du guichetier, il a présenté comme pièce d’identité une carte de séjour, celle-là même avec laquelle il avait ouvert son compte en 2005. Lorsque le guichetier s’est aperçu qu’il s’agissait d’un faux, il a appelé la police et fait fermer les portes de la banque devant les tentatives de Yaro de sortir au plus vite de l’établissement.

Le ressortissant mauritanien, qui venait de déposer un dossier de régularisation par le travail, a été placé dès samedi au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot. Selon la représentante de la Cimade dans ce centre, Yaro est passé devant le juge des libertés et de la détention le 5 octobre mais son avocat « n’ayant pas fait valoir l’irrégularité des conditions de son interpellation », il n’a pas pu faire appel. Maintenu pour quinze jours en rétention, Yaro devait être présenté jeudi au consulat de Mauritanie pour y obtenir un laissez-passer en vue de son expulsion. La Cimade a demandé l’annulation de la reconduite à la frontière auprès du Tribunal administratif de Melun. Yaro devrait être présenté lundi prochain devant cette cour.

Selon la Cimade, une affaire analogue avait eu lieu cet été à une agence du Crédit Lyonnais à Aulnay-sous-Bois. Le sans-papiers, placé lui aussi en rétention, avait été libéré par le juge qui avait reconnu « le côté déloyal de l’interpellation ».

Interrogée par l’AFP, la direction de la Société Générale a rappelé que « tout chargé d’accueil est tenu de s’assurer que le demandeur est bien le titulaire du compte, avant de procéder à une opération de retrait », mais n’a pas fait de commentaire sur le fait que le compte de Yaro était ouvert depuis 2005.

En clair, la Société générale veut bien ouvrir un compte sans trop regarder les papiers (après tout, c’est toujours de l’argent qui rentre…), mais elle est très pointilleuse et vérifie très soigneusement la régularité des papiers pour les retraits d’argent…
Ils vont nous expliquer que c’est pour notre bien !

On peut dire ce qu’on pense de ces méthodes à la Goebbels sur le site de cette banque : http://www.societegenerale.com/ ou par courrier (Société Générale, 3 av du Gal Leclerc, 92100 Boulogne-Billancourt), avec copie à la direction.

On peut aussi fermer son compte de la Société générale pour aller ailleurs. Après tout, c’est pas les banques qui manquent (dans ce cas, on évitera quand même le Crédit Lyonnais qui fait pareil !).

J’espère qu’Éric Besson n’est pas dans le coup !

-

Mercredi 7 octobre 2009

Éric Besson

Classé dans : Migrants, Politique, Société — Jean-Luc @ 22:09

-

Voilà un homme dont je me demande comment il arrive à se regarder les yeux dans les yeux chaque matin dans le miroir lorsqu’il se rase.

OFRTP-FRANCE-IMMIGRATION-BESSON-20091007

Dans une vie antérieure, il a été membre et militant du parti socialiste, donc a priori plutôt opposé au Front national et à son discours hystérique, haineux et stupide contre l’immigration.

Je dis stupide parce que le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) publie précisément ces jours-ci un rapport sur le développement humain (que je vous engage sinon à lire, du moins à parcourir, même rapidement…) dans lequel il souligne que « la migration peut améliorer le développement humain pour les personnes migrantes, pour les communautés d’accueil et celles de départ ». Il y est également indiqué que « les migrants développent l’activité économique et donnent plus qu’ils ne reçoivent ».

Il est donc particulièrement con (et je pèse mes mots) de vouloir « nettoyer la jungle de Calais », surtout quand on constate que les évacués reviennent quelques jours plus tard. Éric Besson ne peut pas prétendre qu’il ne s’y attendait pas : le petit Nicolas lui a expliqué que, quand il a lui-même fermé Sangatte, cela n’a servi à rien d’autre qu’à créer la « jungle de Calais ».

Aujourd’hui, en tant que sinistre de la maîtrise totale de l’immigration choisie et de l’identité nazionale, Éric Besson organise des charters pour renvoyer chez eux des afghans dont il ose affirmer qu’ils ne risquent rien dans leur pays.

L’Afghanistan est en guerre.
Qui peut raisonnablement prétendre qu’un homme ne risque rien dans un pays en guerre ?
Éric Besson !
Chiche qu’il y aille lui-même, sans armée, sans escorte, sans gorilles, juste en touriste anonyme (si, si, il peut, il n’est pas si célèbre que ça) !

Un de ses arguments est que « d’autres pays, comme la Suède, la Norvège ou les Pays-Bas renvoient également des réfugiés afghans dans leur pays ».
Argument immonde, à la manière des SS : « Oui, je fais des saloperies, mais je ne suis pas le seul. »
J’espère que l’histoire jugera.

Mardi prochain 13 octobre à 20 h, Éric Besson viendra au temple de l’Étoile (avenue de la Grande Armée, Paris) discuter avec Patrick Peugeot, président de la Cimade, sur le thème « L’identité nationale mythe ou réalité ? »
Enfin… les organisateurs ont prévu qu’il vienne.

Pour ceux qui voudraient assister à cette mise à mort, il semble qu’une réservation soit conseillée (auprès de : florence.blondon@eretoile.org).

À mon avis il ne viendra pas.

Ou bien alors il est vraiment malade.

-

Dimanche 20 septembre 2009

« Témoigner… Témoigner jusqu’à ce que la sidération se répande et que les foules se lèvent »

Classé dans : Migrants, Politique, Société — Jean-Luc @ 15:40

-

« Un possible : et notre désespéré reprend le souffle, il revit,
car sans possible, pour ainsi dire on ne respire pas
».

Søren Kierkegaard, Traité du désespoir, 1849.

-

La Gloire et la rivière

Monsieur N, retenu numéro 472/09 est étendu là, devant moi, dans le bureau de la Cimade du centre de rétention de S…

Dehors, un gamin court pour rejoindre ses copains sur le terrain de foot : l’entraînement commence à 17 heures et il est en retard.
Dehors, une mère de famille, cinq enfants en orbite, rentre des courses. Sa petite fredonne la Marseillaise comme elle fredonnerait une comptine. La mère agacée lui dit : « Fatou, arrête de chanter ça. » Et la petite de répondre : « Mais maman, c’est une nouvelle chanson que la maîtresse nous a apprise ce matin… »
Dehors, l’eau de la rivière gambade inlassablement dans son lit de boue.

Monsieur N est au centre de rétention depuis de longues semaines déjà. Il aura peut-être été le vingt-millième sans-papiers interpellé de l’année. Un petit poisson dans le Pacifique. Inquiet dès le premier jour, il a demandé à me voir tous les matins. Chaque jour, il a eu besoin d’une nouvelle idée, d’un nouvel espoir pour se tenir debout. Chaque jour, devaient germer en lui de nouveaux mécanismes de défense, de nouvelles questions : « Madame, si je fais appel de la décision du tribunal, je vais pouvoir sortir ? », « Je pense que je veux faire réexaminer ma situation par l’OFPRA », « Madame, ça n’est pas normal que je sois ici, je suis un vrai réfugié, ma situation doit être entendue ».

Bien sûr, il m’est arrivé de lui répondre que je ne pouvais pas le recevoir parce que d’autres urgences m’occupaient. « Tous les jours, ça n’est pas possible, non, ça ne sera pas possible ». Dans son regard alors, toujours la même question : qu’y a-t-il de plus urgent que ma vie ? À chaque entretien il se présentait le poing serré sur son PV d’interpellation et sur sa peur.

Ce mardi-là, la greffière, rangers aux pieds et équipement de rigueur à sa taille de guêpe, galope à travers le couloir, escalade les marches qui mènent à la zone de vie des retenus : elle vient annoncer à monsieur N que le consulat a délivré un laissez-passer sans même le rencontrer et qu’il prendra son avion dans deux jours. Elle pousse la lourde porte qui retombe aussitôt comme un marteau sur une enclume. Même la porte prévient au mieux toute fuite, tout déplacement sans autorisation, sans clé, sans escorte. La greffière crie : « Monsieur N ! ». Pas de réponse. « Monsieur N vous êtes où ? Oh ho ! ». Elle lui annonce la bonne nouvelle et s’en va.
Il est 9 h 32. Monsieur N se tient debout au milieu de la cour de quelques mètres carrés, entourée de murs desquels même la laine de verre tente de s’échapper. Au-dessus de sa tête, un filet de sécurité le sécurise. Dans les angles, des caméras de sécurité le sécurisent et sont les témoins du coup qu’il vient d’encaisser. Dans deux jours, le contribuable français y mettra de sa poche pour l’envoyer chialer ailleurs.

À 9 h 33, monsieur N demande à voir la Cimade. Je suis occupée. Il demande encore à 9 h 40, à 10 h 30, à 11 h 43. À 13 heures, il téléphone sur mon portable d’urgence.

Lorsqu’il avait fallu l’aider à rédiger sa demande d’asile, il avait eu la même fébrilité. Il avait cherché au grenier de sa mémoire tout ce que, jusque là, il avait voulu effacer et fuir. Ses mots sous ma main, j’en sentais physiquement la brûlure. Mère assassinée. Père assassiné. Lui, emprisonné. Son torse ébouillanté. Sa peau presque blanche sous son tee-shirt. Il avait parlé par nécessité, tentant vaillamment de dépasser le bégayement qui surgissait à chaque fois qu’il repensait à ce « avant », bégayement qui révélait son désir de parler plus vite que la peur du souvenir.

Dans l’après-midi, je le reçois. Recevoir est un terme qui prend ici tout son sens. Je regarde le listing du jour : 27 noms, 27 visages pris en photo par le flic de l’accueil. À côté du sien, je lis « Roissy : 11 h 30 ». Je suis calme. Je sais que monsieur N est un homme posé. Il a cette douceur ronde qui lui vient sans doute de sa mère rwandaise. Il a beau mesurer près de deux mètres et peser au moins 120 kilos, il donne le sentiment de pouvoir tenir un oiseau dans ses mains sans l’effrayer. Pas un crescendo dans son expression, chaque mot équivalent à l’autre : Bach ressuscité.

Nous parlons près d’une demi-heure. Il n’y a plus rien à faire. Toutes les voies juridiques ont été explorées. Tout a été rejeté : les appels, les courriers, la demande d’asile. Le genre de situation où l’on se dit qu’avec ou sans droit, le résultat reste invariable. Son corps imposant n’entre pas dans le cadre du droit, semble-t-il.

J’ai la lourde tâche de lui expliquer une fois encore que son recours auprès de la Cour Nationale du Droit d’Asile n’empêchera pas son expulsion. Il ne refuse pas de le comprendre : il en est incapable. Autant lui demander de condamner l’espoir. « Ça n’est pas normal d’être envoyé à la mort avant d’avoir obtenu une réponse. Vous en convenez avec moi madame, ça n’est pas correct ? ». J’en conviens de toute mon âme et cela ne sert rien d’autre que mon confort intellectuel.

Je pousse la porte d’un monde schizophrénique et me mets à lui expliquer les conséquences possibles du délit qu’il va devoir commettre, puisque sa volonté ira « jusqu’à mourir plutôt que de se retrouver au Congo ». Il me semble que tout intervenant en rétention, dans ces instants pénibles, prend la pleine mesure de ses convictions et de la force qu’elles lui confèrent. Je lui dis : « Ils vous emmèneront sur le tarmac », « Il faut attendre que les passagers entrent dans l’avion pour vous mettre à crier et à vous débattre ». Je lui dis « Cela peut aussi se passer sans heurt, un simple refus verbal et la police vous ramènera au centre ». Il demande s’il sera menotté, frappé, si sa dignité sera respectée. Il demande sans demander : il ne réfléchit plus.

À mesure que je lui parle, son comportement devient étrange, il ferme les yeux et lève ses bras comme s’il s’étirait, fait craquer les os de son cou. Je ne comprends pas tout de suite ce qui lui arrive. Je l’appelle : « Monsieur N, vous m’entendez ? Monsieur N ? ». Il ne répond pas. Il ne m’entend apparemment plus. Je suppose qu’il va se mettre à pleurer ou qu’il peut éventuellement se mettre en colère : je suis prête à cela. La veille encore, monsieur C s’était écroulé, surnageant à peine dans un lac de larmes brûlantes.

Soudain, tous ses membres se mettent à trembler. Des spasmes d’une violence pour moi inédite le traversent sans qu’il ne puisse visiblement les contrôler. Il tombe de sa chaise et s’écroule sur le sol. Il se retrouve à terre et se tord dans des mouvements saccadés, il hurle entre râles et sanglots. J’ai un mouvement de recul, je sais qu’il ne me fera pas de mal, mais je vois bien que la terreur le domine bien plus que son esprit ne peut le faire, qu’il est complètement dépassé. Ses pieds se prennent dans les fils de l’ordinateur, sa tête cogne le sol, ses bras claquent contre le mur, sa respiration est de plus en plus forte et s’accélère. J’ai même l’impression qu’elle pourrait s’arrêter tellement il semble suffoquer et épuiser tout son souffle, tous ses muscles.

Monsieur N, retenu numéro 472/09, est étendu là, devant moi, dans le bureau de la Cimade du centre de rétention de S…

Le policier qui l’a accompagné dans le bureau, et qui attend derrière la porte, entre et me demande ce qui se passe. À voir son visage épouvanté, je comprends l’ampleur de la situation. Il se rue sur mon téléphone interne, appelle la brigade à l’aide. Il appelle le greffe, le chef de centre adjoint. S’il pouvait, il appellerait sa propre mère. Très vite, le bureau est envahi. Monsieur N est au sol, toujours secoué de spasmes, des cris insensés s’échappant des profondeurs de son histoire plus que de sa gorge, quatre policiers sont autour de lui. La greffière appelle immédiatement les pompiers.

Je ne sais pas quoi faire de moi-même. Je ne veux pas assister à cela. Je ne veux pas le regarder à terre, tordu comme une chenille, nu comme un ver, nu dans sa dignité. Je ne veux pas non plus le laisser seul avec eux. Ma présence empêchera leur débordement éventuel. Alors je reste là, adossée au mur. De temps en temps, j’essaye de lui parler, je m’approche de lui, je pose ma main sur son épaule, je lui frotte le dos… « Monsieur N, c’est moi, vous m’entendez ? ». C’est inutile. J’essaye de penser à ce qui doit me protéger, parce que je suis en train de glisser sur une pente dangereuse, je me demande ce que j’ai dit et qui a pu déclencher sa crise, comme si j’en étais responsable. Mais je dois me retirer, c’est à ceux qui l’enferment d’assumer.

Les pompiers arrivent en quelques minutes à peine. Ils ont l’habitude de venir au centre de rétention. Ils connaissent les lieux. Ils sont trois. Une femme et deux hommes. La femme dit n’avoir jamais vu ça de sa vie, elle réfléchit et passe en revue ses cours de secourisme : « Ce n’est pas de l’épilepsie, ce n’est pas de l’asthme… ». Certes non. C’est de la terreur. C’est ce qui se produit quand on inflige à un Homme une chose qu’il ne peut humainement pas porter, même en mobilisant tout ce qui fait de lui un Homme.

Je sors du bureau. Je suis en mouvement permanent. Je marche de long en large. Ma seule fonction est d’être là, mes yeux et mes oreilles en parfait éveil. L’un des pompiers prend le téléphone et décide d’appeler le médecin de garde. Le standard de l’hôpital le met en attente. Soucieux de ne pas délaisser ses collègues qui essayent tant bien que mal de maîtriser monsieur N, il branche le haut-parleur du téléphone pour libérer ses mains et pose le combiné sur le bureau. A lieu alors l’instant le plus inhumain qu’il m’ait été donné de vivre au centre de rétention : le haut-parleur crache une musique d’attente. Pendant que quatre policiers et trois pompiers sont penchés sur monsieur N qui hurle à la mort, les yeux révulsés, les tempes trempées de sueurs, les membres écartelés, résonne dans le bureau … la petite musique de nuit de Mozart.

Je suis assise sur la chaise qui se trouve à la sortie du bureau, réservée habituellement au policier qui attend les retenus qui sont en entretien avec moi. Mille choses me traversent l’esprit. La crise de monsieur N dure depuis déjà quinze minutes. Quinze gigantesques minutes. Ma pensée se dilue dans l’atmosphère : retiens bien tout ce qui se passe pour en témoigner dans le détail. Pour en témoigner jusqu’à ce que la sidération se répande et que les foules se lèvent. Je me dis que l’administration m’a volé Mozart pour toujours et que je ne pourrai jamais plus écouter cette foutue musique sans entendre les hurlements déchirants de monsieur N.

À côté de moi, l’un des policiers se tient debout, le teint rouge et bouillonnant de remise en question. Il a le visage qu’ont les gens aux enterrements, ou à l’église pendant la sainte scène. Oui, cela me rappelle la mine recueillie et incompréhensible qu’avaient les adultes que je voyais, petite, se tenir en cercle autour de la table pour manger gravement ce morceau de pain qui, au fond, n’était rien d’autre qu’un simple morceau de pain. Il doit sans doute se dire que son métier de flic n’est pas marrant tous les jours mais qu’il faut bien en passer par là. Je me demande quelle est la raison – la raison sérieuse et valable – pour laquelle il faut en passer par là. Mais que pouvons-nous attendre de lui ? Qu’il ouvre les portes du centre et laisse filer monsieur N ? Allons, allons… aucune décision ne lui appartient, c’est ce qui le protège.

Les pompiers sont toujours en train d’essayer de calmer monsieur N. L’un d’eux me demande son prénom. Peut-être, me dit-il, qu’il a besoin de familiarité.

La Gloire. Il s’appelle La Gloire, lui réponds-je. Je crois bien que cela provoque un léger rire chez les policiers. Tout léger. Juste une petite bouffée d’air expectorée sans penser à mal. Convenons qu’aucun auteur n’aurait inventé de nom plus à propos.

Dehors, le gamin tire au but et marque. Ses copains se jettent sur lui et le congratulent.

Dehors, une vieille dame promène son chien, qui pisse généreusement sur les grilles du centre de rétention. « Allez viens, Fifi, on rentre à la maison. Fifi ! Viens ici, tu vas nous faire avoir des ennuis ! ».

Dedans, sur un fond de Mozart, la greffière lance calmement : « La Gloire, vous m’entendez, La Gloire ? C’est pas la peine de faire ce cinéma, vous le prendrez de toute façon, votre avion ! Allez, allez, calmez-vous La Gloire, c’est pas comme ça que vous y arriverez ». Il est toujours à terre, roué de coups par l’invisible main de la peur. La greffière attrape une bouteille d’eau, mouille sa main et passe le dos de ses doigts sur la joue du comédien. Son geste est presque tendre. Je ne sais plus où je suis : entre son geste et ses paroles, il y a pourtant des mondes, des gouffres, mais elle semble n’en pas faire grand cas. Son geste s’apparente à la pataphysique. On dirait une insulte. Je voudrais qu’elle ne le touche pas comme ça.

Au bout d’une demi-heure d’horreur, une accalmie du rythme cardiaque de monsieur N permet aux pompiers de le faire lever et de le porter jusqu’au camion qui l’amènera à l’hôpital de P… Trente minutes. Un demi-cercle de silence. Il parvient à se tenir debout et marche aussi lentement qu’un homme qui sortirait des décombres de sa maison écroulée après un tremblement de terre. Quatre hommes en bleu le soutiennent par la taille, les coudes, les épaules. Impossible de dire s’il respire ou s’il crie : son souffle puissant ouvrirait les portes du centre si le policier ne le faisait pas en passant devant l’étrange cortège. « Attendez, je vous ouvre. Allez-y, passez… allez-y, c’est bon, je tiens la porte ».

La greffière vient vers moi : « Ça va ? ». Je hausse les épaules et lui fais une grimace signifiant : « Qu’est-ce que je peux vous répondre là, hein ? » Je trouve moyennement opportun qu’elle s’adresse à moi, mais ma relation avec les policiers du centre est pour ainsi dire l’un de mes outils de travail : je ne peux la mettre en jeu. Elle me dit : « C’est du cinéma de toute façon, vous savez, j’ai l’habitude… ». Je la coupe tout net en allant attraper les clés du sas de sécurité pour sortir à l’air libre. En longeant le couloir, je me dis que, cinéma ou pas, cet homme est à terre sans plus aucune dignité. Je ne veux même pas réfléchir à cela, je ne vois aucune raison d’y penser. J’ouvre les portes une à une et me trouve nez à nez avec le chef de centre adjoint.

Il a déjà quitté son uniforme, il est 18 heures. Petit fonctionnaire. Il a l’air un peu agacé, un peu fatigué, mais montre tout de même, par une grimace puante, qu’il est bien désolé. Pour détendre l’atmosphère, il se lance : « Alors, qu’est-ce que vous lui avez dit pour qu’il se retrouve dans cet état-là ? Hahahah, je blague, hein… ne vous inquiétez pas ». La greffière nous rejoint. Le chef adjoint demande : « Qui c’est qui lui a dit qu’il avait un vol ? Pffff… ». La problématique principale reste celle-ci : une escorte de police, pour emmener monsieur N à l’hôpital, représente des effectifs en moins pour les déplacements des autres retenus le lendemain matin ; or… le lendemain doivent avoir lieu des embarquements, des déplacements au consulat, au tribunal de grande instance. Il faut bien trouver une solution pour que la machine tourne.

Dans le silence de mon âme, je leur suggère de s’en référer au travail de monsieur Eichmann, administrateur des transports de son état, qui leur aurait trouvé un moyen efficace pour optimiser la cadence. Ces flics ont révoqué leur conscience depuis des années déjà. La solution est finalement trouvée : la greffière va téléphoner au commissariat pour demander des renforts. Joie !

Je retourne dans mon bureau, sonnée par la démesure de l’assaut. Clés, portes, sas, caméras, couloir. Je me tiens debout au milieu de ce qui ressemble à un champ de bataille. Les chaises sont retournées, les câbles de l’ordinateur sont arrachés. En allant remettre les chaises debout, je glisse sur la sueur de monsieur N. J’attrape ma veste et m’extrais de cet entrepôt si bien gardé.

Dehors le soleil rayonne d’une navrante indifférence. Je croise un gamin qui rentre de son entraînement de foot. Sa mère est venue le chercher. « C’était bien ? T’as marqué des buts ? ». Je presse le pas vers la boulangerie, il restera sûrement du pain.

La nuit, génie de l’enfouissement, tente courageusement de ranger les images du jour dans quelques soubassements de mon cerveau. Un cri dans le placard de mon enfance, celui de la buanderie où ma mère rangeait les vieux morceaux de tissus peut-être. Les regards indéchiffrables des policiers dans un beau paysage, Mombasa 2003 en famille, au milieu des couleurs du marché, ils passeront sans doute inaperçus. La nuit range, le silence prépare ; jusqu’à ce que l’on puisse parler.

Le lendemain, le jour est encore jeune quand je m’enquiers de la santé de monsieur N auprès du greffe. On m’informe qu’il n’a passé qu’une heure à l’hôpital et a été ramené au centre aussitôt. Le médecin lui a généreusement fourni un doliprane et lui a rédigé un certificat médical sur lequel trônaient ces mots indéfinis : « Choc émotionnel ».

-

ÉPILOGUE

Comme prévu, le surlendemain, monsieur N, retenu numéro 472/09, a été emmené à l’aéroport, a refusé d’embarquer. Il a été ramené au centre de rétention. Quelques jours plus tard, il a à nouveau été emmené à l’aéroport, mais cette fois, les policiers ne l’ont pas informé à l’avance de leur projet. À 7 heures du matin, ils sont entrés dans sa chambre : « Prépare tes affaires, tu pars à l’aéroport ».

À 7 h 25, il a laissé un message sur le répondeur du portable d’urgence de la Cimade : « Bonjour madame, c’est N La Gloire. Je voulais vous informer du fait qu’à ma grande surprise, et bien que mon dossier soit en cours d’examen à la Cour Nationale du Droit d’Asile, les agents de police du centre sont en train de m’emmener à l’aéroport… C’est la raison pour laquelle je vous appelle à l’aide. Merci de me rappeler. »

Avec un peu plus de temps, il aurait ajouté « Salutations respectueuses ».

Il a à nouveau refusé d’embarquer. Avec son corps et de tout son être. Chaque refus donne un effet, disait le poète. Les passagers de l’avion, choqués de ses cris et de sa situation ont refusé de s’asseoir sur leurs sièges, ont fait une quête et lui ont remis la somme de 1 400 euros. Ainsi, c’est les poches remplies de billets qu’il a été déféré à Bobigny, où le juge a décidé de ne pas l’envoyer en prison mais lui a donné une peine d’interdiction du territoire français d’une durée d’un an.

La loi l’a fait devenir ce qu’il n’est pas : un délinquant, un condamné. Un interdit.

Quelques heures plus tard, il téléphonait pour s’informer des possibles suites à donner à son affaire. « En urgence, madame. »

Dehors, l’eau de la rivière gambade inlassablement dans son lit de boue.

-

Un intervenant de la Cimade

-

Articles plus anciens »

Publié sur WordPress.