Entendre

Mardi 29 septembre 2009

Claude Allègre, Nicolas Hulot et l’intelligence…

Classé dans : Divers, Science — Jean-Luc @ 13:59

Claude Allègre aurait traité Nicolas Hulot d’imbécile
Cela n’a rien d’étonnant. Je crois qu’il n’existe aucune personnalité un tant soit peu connue qu’Allègre n’ait pas traitée d’imbécile.

Hulot n’est pas content. On le comprend.

Je ne sais pas si Hulot est très intelligent mais, à mon avis, Allègre est mal placé pour en discuter.

Pour juger de l’intelligence des gens, il faut en disposer soi-même d’un minimum…

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Lundi 28 septembre 2009

Votation

Classé dans : Politique, Société — Jean-Luc @ 11:43

Le petit Nicolas veut privatiser la Poste. Comme il l’a fait avec France Télécom, Air France, la SNCF, Gaz de France, Électricité de France, les universités et bientôt les hôpitaux.

Privatiser, privatiser, privatiser… C’est son dada, c’est une obsession : privatiser ça fait plus de croissance du CACA40, privatiser, ça fait plus de parachutes dorés pour ses copains et plus de salariés qui se suicident, mais eux c’est pas ses copains. Et puis ça fait parler de lui dans les journaux. Bon, c’est un choix. C’est pas celui que je ferais si j’étais petit Nicolas mais heureusement, je ne suis pas petit Nicolas.

Christine, qui a la garde de l’économie, a juré que ce ne serait pas une privatisation. Personne ne sait combien vaut un serment de Christine. Mais bon, on s’en doute un peu. Si elle jure, c’est qu’il y a un problème…

Et voilà, il y a des gens que ça énerve, toutes ces privatisations qui cassent le service public pour mettre la concurrence à la place. C’est pas raisonnable : on peut pas faire du fric avec tout et n’importe quoi, pour satisfaire les actionnaires. Peut-on privatiser la justice, les centres des impôts, la police, les mairies, la sécurité sociale ?… Il y a forcément des services pour lesquels l’État doit payer pour que le pays subsiste.

Alors une « votation citoyenne » est organisée par les partis de gauche (probablement téléguidés par Moscou) pour demander au bon peuple s’il est content qu’on privatise la poste.

Déjà que le bon peuple n’est pas tellement content qu’on ait transformé les bureaux de poste (enfin… ceux qui restent après qu’ils en aient supprimé une petite moitié) en marchés de proximité où des hôtesses (bientôt habillées par Cardin) essaient de vous vendre des cahiers, des cartes postales, parfois du parfum ou des tee-shirts avec marqué « La Poste » dans le dos, au lieu de faire normalement la poste avec les lettres et les paquets !…

Bon, c’est pas un vrai vote ; il ne servira à rien. Mais c’est sûr que le bon peuple va répondre « non » à la votation (je me demande où ils ont été chercher ce nom-là ! C’est du Suisse, ça, non ? En France on dit plutôt référendum… mais bon.)

Eh bien le plus surprenant, dans tout ça, c’est que le gouvernement cherche par tous les moyens à empêcher cette votation !

Genre : « Non, vous n’avez pas le droit de dire ce que vous préférez. Même si c’est pour de rire. Taisez-vous ! Taisez-vous, sinon je vous fais fouetter sur la place publique. »

Tiens, ça me rappelle le Maroc

Faut faire gaffe : bientôt, on ne pourra même plus demander à son voisin s’il est content que le prix d’achat du lait aux producteurs ait diminué de 30 %.

C’est vrai quoi, c’est très subversif comme question… Et si, en plus, les gens répondent, où va-t-on ?

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Dimanche 27 septembre 2009

Clearstream

Classé dans : Elections, Politique — Jean-Luc @ 22:52

Au début, je me disais : « Bon. C’est Villepin qui voulait avoir la tête du petit Nicolas pour qu’il arrive pas à l’Élysée. Bien fait pour le petit Nicolas : il s’est fait piquer. »

Mais en réfléchissant, je me suis dit : « En fait, le petit Nicolas est trop rusé et trop content de voir Villepin assigné en justice et traîné dans la boue. C’est peut-être bien lui qui a donné les ordres à Imad Lahoud, et Gergorin, de mettre son propre et illustre nom sur les listings pour que Villepin soit accusé. »

Maintenant, je me demande si c’est quand même pas Villepin qui aurait tout commandité pour qu’on croie que c’était le petit Nicolas qui aurait donné les ordres de mettre son nom sur la liste.

Mais en fait, peut-être…
Ah, c’est compliqué la haine, quand les gens ont le pouvoir !
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Vendredi 25 septembre 2009

Mirage

Classé dans : Economie, Politique, Science — Jean-Luc @ 10:17

Deux Rafale se sont percutés en vol hier et se sont écrasés en Méditerranée, pas loin de Perpignan.

Ça fait mauvais effet au moment où le petit Nicolas se fait encore plus petit pour essayer de vendre ces armes de guerre au Brésil. Il est question d’un contrat de 36 Rafale

Cet appareil avait déjà eu des problèmes au moment où le petit Nicolas essayait de vendre des Rafale à Mouammar Kadhafi, Guide Suprême et tyran-dictateur de la révolution Libyenne, qui vient de déclarer à l’ONU que le Conseil de sécurité n’était qu’un repaire de terroristes…

Bon… Est-ce qu’il vole vraiment, cet avion, ou n’est-ce qu’un mirage ?

Peut-être il faudrait l’équiper de radars avant d’essayer de le vendre aux pays en voie de développement.

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Jeudi 24 septembre 2009

Pas de veine !

Classé dans : Politique, Science, Société — Jean-Luc @ 0:16

Il y a une semaine, les États-Unis se sont encore ridiculisés : le pays le plus puissant, le plus développé, le plus moderne et le plus performant du monde n’a pas été capable de trouver les veines d’un condamné à mort, Romell Broom, pour lui injecter les trois produits qui devaient l’assassiner (un premier pour l’endormir, pour que le pauvre ne voie pas sa misère, un second pour le paralyser, pour que les spectateurs ne soient pas dérangés par des mouvements inconvenants et un troisième pour provoquer un arrêt cardiaque).

Ils l’ont charcuté pendant deux heures sans arriver à rien. À leur place, devant ce résultat minable, pitoyable, lamentable, je l’aurais décapité à la hache. Mais les États-Unis sont un pays civilisé. Ils tuent proprement. Enfin… ils essaient !
Magnanimes, ils ont offert à Romell Broom un sursis de 10 jours avant de retenter leur chance. J’espère qu’ils ont laissé le garrot pour que les veines soient bien gonflées…

Ce n’est pas la première fois que ça leur arrive. Pourrait-on parler d’ « acte manqué » ?

Et en plus, ils ne sont même pas sûrs que les gens qu’ils assassinent soient coupables. Il y en a même qui arrivent à démontrer que des condamnés déjà assassinés n’étaient pas coupables.
Ça fait pas vraiment propre. Si leur justice fonctionne aussi mal que leurs perfusions, où vont-ils ?

Bon, c’est vrai : injecter trois produits d’un coup, c’est difficile ! Mais à mon avis, n’importe quelle élève infirmière de chez nous réussirait.

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Dimanche 20 septembre 2009

« Témoigner… Témoigner jusqu’à ce que la sidération se répande et que les foules se lèvent »

Classé dans : Migrants, Politique, Société — Jean-Luc @ 15:40

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« Un possible : et notre désespéré reprend le souffle, il revit,
car sans possible, pour ainsi dire on ne respire pas
».

Søren Kierkegaard, Traité du désespoir, 1849.

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La Gloire et la rivière

Monsieur N, retenu numéro 472/09 est étendu là, devant moi, dans le bureau de la Cimade du centre de rétention de S…

Dehors, un gamin court pour rejoindre ses copains sur le terrain de foot : l’entraînement commence à 17 heures et il est en retard.
Dehors, une mère de famille, cinq enfants en orbite, rentre des courses. Sa petite fredonne la Marseillaise comme elle fredonnerait une comptine. La mère agacée lui dit : « Fatou, arrête de chanter ça. » Et la petite de répondre : « Mais maman, c’est une nouvelle chanson que la maîtresse nous a apprise ce matin… »
Dehors, l’eau de la rivière gambade inlassablement dans son lit de boue.

Monsieur N est au centre de rétention depuis de longues semaines déjà. Il aura peut-être été le vingt-millième sans-papiers interpellé de l’année. Un petit poisson dans le Pacifique. Inquiet dès le premier jour, il a demandé à me voir tous les matins. Chaque jour, il a eu besoin d’une nouvelle idée, d’un nouvel espoir pour se tenir debout. Chaque jour, devaient germer en lui de nouveaux mécanismes de défense, de nouvelles questions : « Madame, si je fais appel de la décision du tribunal, je vais pouvoir sortir ? », « Je pense que je veux faire réexaminer ma situation par l’OFPRA », « Madame, ça n’est pas normal que je sois ici, je suis un vrai réfugié, ma situation doit être entendue ».

Bien sûr, il m’est arrivé de lui répondre que je ne pouvais pas le recevoir parce que d’autres urgences m’occupaient. « Tous les jours, ça n’est pas possible, non, ça ne sera pas possible ». Dans son regard alors, toujours la même question : qu’y a-t-il de plus urgent que ma vie ? À chaque entretien il se présentait le poing serré sur son PV d’interpellation et sur sa peur.

Ce mardi-là, la greffière, rangers aux pieds et équipement de rigueur à sa taille de guêpe, galope à travers le couloir, escalade les marches qui mènent à la zone de vie des retenus : elle vient annoncer à monsieur N que le consulat a délivré un laissez-passer sans même le rencontrer et qu’il prendra son avion dans deux jours. Elle pousse la lourde porte qui retombe aussitôt comme un marteau sur une enclume. Même la porte prévient au mieux toute fuite, tout déplacement sans autorisation, sans clé, sans escorte. La greffière crie : « Monsieur N ! ». Pas de réponse. « Monsieur N vous êtes où ? Oh ho ! ». Elle lui annonce la bonne nouvelle et s’en va.
Il est 9 h 32. Monsieur N se tient debout au milieu de la cour de quelques mètres carrés, entourée de murs desquels même la laine de verre tente de s’échapper. Au-dessus de sa tête, un filet de sécurité le sécurise. Dans les angles, des caméras de sécurité le sécurisent et sont les témoins du coup qu’il vient d’encaisser. Dans deux jours, le contribuable français y mettra de sa poche pour l’envoyer chialer ailleurs.

À 9 h 33, monsieur N demande à voir la Cimade. Je suis occupée. Il demande encore à 9 h 40, à 10 h 30, à 11 h 43. À 13 heures, il téléphone sur mon portable d’urgence.

Lorsqu’il avait fallu l’aider à rédiger sa demande d’asile, il avait eu la même fébrilité. Il avait cherché au grenier de sa mémoire tout ce que, jusque là, il avait voulu effacer et fuir. Ses mots sous ma main, j’en sentais physiquement la brûlure. Mère assassinée. Père assassiné. Lui, emprisonné. Son torse ébouillanté. Sa peau presque blanche sous son tee-shirt. Il avait parlé par nécessité, tentant vaillamment de dépasser le bégayement qui surgissait à chaque fois qu’il repensait à ce « avant », bégayement qui révélait son désir de parler plus vite que la peur du souvenir.

Dans l’après-midi, je le reçois. Recevoir est un terme qui prend ici tout son sens. Je regarde le listing du jour : 27 noms, 27 visages pris en photo par le flic de l’accueil. À côté du sien, je lis « Roissy : 11 h 30 ». Je suis calme. Je sais que monsieur N est un homme posé. Il a cette douceur ronde qui lui vient sans doute de sa mère rwandaise. Il a beau mesurer près de deux mètres et peser au moins 120 kilos, il donne le sentiment de pouvoir tenir un oiseau dans ses mains sans l’effrayer. Pas un crescendo dans son expression, chaque mot équivalent à l’autre : Bach ressuscité.

Nous parlons près d’une demi-heure. Il n’y a plus rien à faire. Toutes les voies juridiques ont été explorées. Tout a été rejeté : les appels, les courriers, la demande d’asile. Le genre de situation où l’on se dit qu’avec ou sans droit, le résultat reste invariable. Son corps imposant n’entre pas dans le cadre du droit, semble-t-il.

J’ai la lourde tâche de lui expliquer une fois encore que son recours auprès de la Cour Nationale du Droit d’Asile n’empêchera pas son expulsion. Il ne refuse pas de le comprendre : il en est incapable. Autant lui demander de condamner l’espoir. « Ça n’est pas normal d’être envoyé à la mort avant d’avoir obtenu une réponse. Vous en convenez avec moi madame, ça n’est pas correct ? ». J’en conviens de toute mon âme et cela ne sert rien d’autre que mon confort intellectuel.

Je pousse la porte d’un monde schizophrénique et me mets à lui expliquer les conséquences possibles du délit qu’il va devoir commettre, puisque sa volonté ira « jusqu’à mourir plutôt que de se retrouver au Congo ». Il me semble que tout intervenant en rétention, dans ces instants pénibles, prend la pleine mesure de ses convictions et de la force qu’elles lui confèrent. Je lui dis : « Ils vous emmèneront sur le tarmac », « Il faut attendre que les passagers entrent dans l’avion pour vous mettre à crier et à vous débattre ». Je lui dis « Cela peut aussi se passer sans heurt, un simple refus verbal et la police vous ramènera au centre ». Il demande s’il sera menotté, frappé, si sa dignité sera respectée. Il demande sans demander : il ne réfléchit plus.

À mesure que je lui parle, son comportement devient étrange, il ferme les yeux et lève ses bras comme s’il s’étirait, fait craquer les os de son cou. Je ne comprends pas tout de suite ce qui lui arrive. Je l’appelle : « Monsieur N, vous m’entendez ? Monsieur N ? ». Il ne répond pas. Il ne m’entend apparemment plus. Je suppose qu’il va se mettre à pleurer ou qu’il peut éventuellement se mettre en colère : je suis prête à cela. La veille encore, monsieur C s’était écroulé, surnageant à peine dans un lac de larmes brûlantes.

Soudain, tous ses membres se mettent à trembler. Des spasmes d’une violence pour moi inédite le traversent sans qu’il ne puisse visiblement les contrôler. Il tombe de sa chaise et s’écroule sur le sol. Il se retrouve à terre et se tord dans des mouvements saccadés, il hurle entre râles et sanglots. J’ai un mouvement de recul, je sais qu’il ne me fera pas de mal, mais je vois bien que la terreur le domine bien plus que son esprit ne peut le faire, qu’il est complètement dépassé. Ses pieds se prennent dans les fils de l’ordinateur, sa tête cogne le sol, ses bras claquent contre le mur, sa respiration est de plus en plus forte et s’accélère. J’ai même l’impression qu’elle pourrait s’arrêter tellement il semble suffoquer et épuiser tout son souffle, tous ses muscles.

Monsieur N, retenu numéro 472/09, est étendu là, devant moi, dans le bureau de la Cimade du centre de rétention de S…

Le policier qui l’a accompagné dans le bureau, et qui attend derrière la porte, entre et me demande ce qui se passe. À voir son visage épouvanté, je comprends l’ampleur de la situation. Il se rue sur mon téléphone interne, appelle la brigade à l’aide. Il appelle le greffe, le chef de centre adjoint. S’il pouvait, il appellerait sa propre mère. Très vite, le bureau est envahi. Monsieur N est au sol, toujours secoué de spasmes, des cris insensés s’échappant des profondeurs de son histoire plus que de sa gorge, quatre policiers sont autour de lui. La greffière appelle immédiatement les pompiers.

Je ne sais pas quoi faire de moi-même. Je ne veux pas assister à cela. Je ne veux pas le regarder à terre, tordu comme une chenille, nu comme un ver, nu dans sa dignité. Je ne veux pas non plus le laisser seul avec eux. Ma présence empêchera leur débordement éventuel. Alors je reste là, adossée au mur. De temps en temps, j’essaye de lui parler, je m’approche de lui, je pose ma main sur son épaule, je lui frotte le dos… « Monsieur N, c’est moi, vous m’entendez ? ». C’est inutile. J’essaye de penser à ce qui doit me protéger, parce que je suis en train de glisser sur une pente dangereuse, je me demande ce que j’ai dit et qui a pu déclencher sa crise, comme si j’en étais responsable. Mais je dois me retirer, c’est à ceux qui l’enferment d’assumer.

Les pompiers arrivent en quelques minutes à peine. Ils ont l’habitude de venir au centre de rétention. Ils connaissent les lieux. Ils sont trois. Une femme et deux hommes. La femme dit n’avoir jamais vu ça de sa vie, elle réfléchit et passe en revue ses cours de secourisme : « Ce n’est pas de l’épilepsie, ce n’est pas de l’asthme… ». Certes non. C’est de la terreur. C’est ce qui se produit quand on inflige à un Homme une chose qu’il ne peut humainement pas porter, même en mobilisant tout ce qui fait de lui un Homme.

Je sors du bureau. Je suis en mouvement permanent. Je marche de long en large. Ma seule fonction est d’être là, mes yeux et mes oreilles en parfait éveil. L’un des pompiers prend le téléphone et décide d’appeler le médecin de garde. Le standard de l’hôpital le met en attente. Soucieux de ne pas délaisser ses collègues qui essayent tant bien que mal de maîtriser monsieur N, il branche le haut-parleur du téléphone pour libérer ses mains et pose le combiné sur le bureau. A lieu alors l’instant le plus inhumain qu’il m’ait été donné de vivre au centre de rétention : le haut-parleur crache une musique d’attente. Pendant que quatre policiers et trois pompiers sont penchés sur monsieur N qui hurle à la mort, les yeux révulsés, les tempes trempées de sueurs, les membres écartelés, résonne dans le bureau … la petite musique de nuit de Mozart.

Je suis assise sur la chaise qui se trouve à la sortie du bureau, réservée habituellement au policier qui attend les retenus qui sont en entretien avec moi. Mille choses me traversent l’esprit. La crise de monsieur N dure depuis déjà quinze minutes. Quinze gigantesques minutes. Ma pensée se dilue dans l’atmosphère : retiens bien tout ce qui se passe pour en témoigner dans le détail. Pour en témoigner jusqu’à ce que la sidération se répande et que les foules se lèvent. Je me dis que l’administration m’a volé Mozart pour toujours et que je ne pourrai jamais plus écouter cette foutue musique sans entendre les hurlements déchirants de monsieur N.

À côté de moi, l’un des policiers se tient debout, le teint rouge et bouillonnant de remise en question. Il a le visage qu’ont les gens aux enterrements, ou à l’église pendant la sainte scène. Oui, cela me rappelle la mine recueillie et incompréhensible qu’avaient les adultes que je voyais, petite, se tenir en cercle autour de la table pour manger gravement ce morceau de pain qui, au fond, n’était rien d’autre qu’un simple morceau de pain. Il doit sans doute se dire que son métier de flic n’est pas marrant tous les jours mais qu’il faut bien en passer par là. Je me demande quelle est la raison – la raison sérieuse et valable – pour laquelle il faut en passer par là. Mais que pouvons-nous attendre de lui ? Qu’il ouvre les portes du centre et laisse filer monsieur N ? Allons, allons… aucune décision ne lui appartient, c’est ce qui le protège.

Les pompiers sont toujours en train d’essayer de calmer monsieur N. L’un d’eux me demande son prénom. Peut-être, me dit-il, qu’il a besoin de familiarité.

La Gloire. Il s’appelle La Gloire, lui réponds-je. Je crois bien que cela provoque un léger rire chez les policiers. Tout léger. Juste une petite bouffée d’air expectorée sans penser à mal. Convenons qu’aucun auteur n’aurait inventé de nom plus à propos.

Dehors, le gamin tire au but et marque. Ses copains se jettent sur lui et le congratulent.

Dehors, une vieille dame promène son chien, qui pisse généreusement sur les grilles du centre de rétention. « Allez viens, Fifi, on rentre à la maison. Fifi ! Viens ici, tu vas nous faire avoir des ennuis ! ».

Dedans, sur un fond de Mozart, la greffière lance calmement : « La Gloire, vous m’entendez, La Gloire ? C’est pas la peine de faire ce cinéma, vous le prendrez de toute façon, votre avion ! Allez, allez, calmez-vous La Gloire, c’est pas comme ça que vous y arriverez ». Il est toujours à terre, roué de coups par l’invisible main de la peur. La greffière attrape une bouteille d’eau, mouille sa main et passe le dos de ses doigts sur la joue du comédien. Son geste est presque tendre. Je ne sais plus où je suis : entre son geste et ses paroles, il y a pourtant des mondes, des gouffres, mais elle semble n’en pas faire grand cas. Son geste s’apparente à la pataphysique. On dirait une insulte. Je voudrais qu’elle ne le touche pas comme ça.

Au bout d’une demi-heure d’horreur, une accalmie du rythme cardiaque de monsieur N permet aux pompiers de le faire lever et de le porter jusqu’au camion qui l’amènera à l’hôpital de P… Trente minutes. Un demi-cercle de silence. Il parvient à se tenir debout et marche aussi lentement qu’un homme qui sortirait des décombres de sa maison écroulée après un tremblement de terre. Quatre hommes en bleu le soutiennent par la taille, les coudes, les épaules. Impossible de dire s’il respire ou s’il crie : son souffle puissant ouvrirait les portes du centre si le policier ne le faisait pas en passant devant l’étrange cortège. « Attendez, je vous ouvre. Allez-y, passez… allez-y, c’est bon, je tiens la porte ».

La greffière vient vers moi : « Ça va ? ». Je hausse les épaules et lui fais une grimace signifiant : « Qu’est-ce que je peux vous répondre là, hein ? » Je trouve moyennement opportun qu’elle s’adresse à moi, mais ma relation avec les policiers du centre est pour ainsi dire l’un de mes outils de travail : je ne peux la mettre en jeu. Elle me dit : « C’est du cinéma de toute façon, vous savez, j’ai l’habitude… ». Je la coupe tout net en allant attraper les clés du sas de sécurité pour sortir à l’air libre. En longeant le couloir, je me dis que, cinéma ou pas, cet homme est à terre sans plus aucune dignité. Je ne veux même pas réfléchir à cela, je ne vois aucune raison d’y penser. J’ouvre les portes une à une et me trouve nez à nez avec le chef de centre adjoint.

Il a déjà quitté son uniforme, il est 18 heures. Petit fonctionnaire. Il a l’air un peu agacé, un peu fatigué, mais montre tout de même, par une grimace puante, qu’il est bien désolé. Pour détendre l’atmosphère, il se lance : « Alors, qu’est-ce que vous lui avez dit pour qu’il se retrouve dans cet état-là ? Hahahah, je blague, hein… ne vous inquiétez pas ». La greffière nous rejoint. Le chef adjoint demande : « Qui c’est qui lui a dit qu’il avait un vol ? Pffff… ». La problématique principale reste celle-ci : une escorte de police, pour emmener monsieur N à l’hôpital, représente des effectifs en moins pour les déplacements des autres retenus le lendemain matin ; or… le lendemain doivent avoir lieu des embarquements, des déplacements au consulat, au tribunal de grande instance. Il faut bien trouver une solution pour que la machine tourne.

Dans le silence de mon âme, je leur suggère de s’en référer au travail de monsieur Eichmann, administrateur des transports de son état, qui leur aurait trouvé un moyen efficace pour optimiser la cadence. Ces flics ont révoqué leur conscience depuis des années déjà. La solution est finalement trouvée : la greffière va téléphoner au commissariat pour demander des renforts. Joie !

Je retourne dans mon bureau, sonnée par la démesure de l’assaut. Clés, portes, sas, caméras, couloir. Je me tiens debout au milieu de ce qui ressemble à un champ de bataille. Les chaises sont retournées, les câbles de l’ordinateur sont arrachés. En allant remettre les chaises debout, je glisse sur la sueur de monsieur N. J’attrape ma veste et m’extrais de cet entrepôt si bien gardé.

Dehors le soleil rayonne d’une navrante indifférence. Je croise un gamin qui rentre de son entraînement de foot. Sa mère est venue le chercher. « C’était bien ? T’as marqué des buts ? ». Je presse le pas vers la boulangerie, il restera sûrement du pain.

La nuit, génie de l’enfouissement, tente courageusement de ranger les images du jour dans quelques soubassements de mon cerveau. Un cri dans le placard de mon enfance, celui de la buanderie où ma mère rangeait les vieux morceaux de tissus peut-être. Les regards indéchiffrables des policiers dans un beau paysage, Mombasa 2003 en famille, au milieu des couleurs du marché, ils passeront sans doute inaperçus. La nuit range, le silence prépare ; jusqu’à ce que l’on puisse parler.

Le lendemain, le jour est encore jeune quand je m’enquiers de la santé de monsieur N auprès du greffe. On m’informe qu’il n’a passé qu’une heure à l’hôpital et a été ramené au centre aussitôt. Le médecin lui a généreusement fourni un doliprane et lui a rédigé un certificat médical sur lequel trônaient ces mots indéfinis : « Choc émotionnel ».

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ÉPILOGUE

Comme prévu, le surlendemain, monsieur N, retenu numéro 472/09, a été emmené à l’aéroport, a refusé d’embarquer. Il a été ramené au centre de rétention. Quelques jours plus tard, il a à nouveau été emmené à l’aéroport, mais cette fois, les policiers ne l’ont pas informé à l’avance de leur projet. À 7 heures du matin, ils sont entrés dans sa chambre : « Prépare tes affaires, tu pars à l’aéroport ».

À 7 h 25, il a laissé un message sur le répondeur du portable d’urgence de la Cimade : « Bonjour madame, c’est N La Gloire. Je voulais vous informer du fait qu’à ma grande surprise, et bien que mon dossier soit en cours d’examen à la Cour Nationale du Droit d’Asile, les agents de police du centre sont en train de m’emmener à l’aéroport… C’est la raison pour laquelle je vous appelle à l’aide. Merci de me rappeler. »

Avec un peu plus de temps, il aurait ajouté « Salutations respectueuses ».

Il a à nouveau refusé d’embarquer. Avec son corps et de tout son être. Chaque refus donne un effet, disait le poète. Les passagers de l’avion, choqués de ses cris et de sa situation ont refusé de s’asseoir sur leurs sièges, ont fait une quête et lui ont remis la somme de 1 400 euros. Ainsi, c’est les poches remplies de billets qu’il a été déféré à Bobigny, où le juge a décidé de ne pas l’envoyer en prison mais lui a donné une peine d’interdiction du territoire français d’une durée d’un an.

La loi l’a fait devenir ce qu’il n’est pas : un délinquant, un condamné. Un interdit.

Quelques heures plus tard, il téléphonait pour s’informer des possibles suites à donner à son affaire. « En urgence, madame. »

Dehors, l’eau de la rivière gambade inlassablement dans son lit de boue.

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Un intervenant de la Cimade

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Vendredi 18 septembre 2009

Frais divers

Classé dans : Economie, Politique — Jean-Luc @ 20:55

Alors, finalement, elle a coûté combien, cette visite du petit Nicolas à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif ?

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Jeudi 17 septembre 2009

Le prix du lait

Classé dans : Economie, Politique, Société — Jean-Luc @ 16:25

Depuis plusieurs mois, les producteurs de lait sont en colère.
À tel point que, depuis plusieurs jours, ils préfèrent déverser
leur lait dans les champs ou les égouts plutôt que de le vendre.

Le prix d’achat du lait aux producteurs a baissé de 30 % en avril  (le prix de vente aux consommateurs n’a pas bougé d’un poil : il y en a donc qui s’en foutent plein les poches, je me demande bien qui !), et ils en ont marre de travailler à perte. On les comprend !
Travailler plus pour gagner moins, c’était pas dans le contrat quand ils ont voté pour le petit Nicolas !

Faudrait quand même pas qu’ils en arrivent à suivre la « mode » des suicides…

Le lait leur est actuellement payé moins de 25 centimes le litre. Ça ne couvre même pas leurs frais.
Ils voudraient le vendre 40 centimes le litre.

Moi, jusqu’à 80 centimes le litre, j’achète !

Sinon, il faut que je paie entre un et deux euros à l’épicerie du coin, selon la voracité de l’épicier.

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Mercredi 16 septembre 2009

Dernière mode

Classé dans : Politique, Société — Jean-Luc @ 0:42

Pour Didier Lombard, PDG de France Télécom, la flambée de suicide dans son entreprise (trois dans les derniers jours) est une « mode » : il s’engage à mettre « un point d’arrêt à cette mode du suicide ».

Par la force et la contrainte, je suppose…
Cela montre bien à quel point nos PDG sont incapables de comprendre ce qui se passe dans leur boîte et combien leurs salariés peuvent souffrir de mauvais traitements !

Comment est la mode cet automne ?

Eh bien, si c’est possible, on attrapera un virus H1N1 en lamé rose et or avec, pourquoi pas, quelques complications pulmonaires ou un arrêt cardiaque.

Sinon, et plus spécialement pour les salariés de France Télécom, on pourra aussi essayer, sur le lieu de travail, un suicide en soie turquoise avec couteau dans le ventre, ou une défenestration à volants, très à la mode pour cette rentrée.

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Mardi 15 septembre 2009

Être heureux ou avoir un téléphone mobile

Classé dans : Economie, Langue, Religion, Société — Jean-Luc @ 0:18

Allez, j’en remets une couche parce que c’est important : je ne suis pas certain que le petit Nicolas ait réellement compris ce qu’il a dit !

La seule chose que les politiques, les économistes, les scientifiques même, soient capable de mesurer, c’est l’avoir : une voiture, trois cochons d’Inde, deux télévisions et un téléphone mobile.

C’est même dans cette brèche que s’engouffrent les publicitaires : « pour être vraiment heureux, vous devez posséder (et donc acheter) le téléphone mobile machin, la montre Rolex bidule et la cafetière expresso truc… »

Mais le bonheur n’a rien à voir avec l’avoir : il se niche au fond de l’être !

D’ailleurs, on dit bien « être heureux », et non pas « avoir heureux »

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