Ne serait-il pas temps de s’interroger sur le problème des forces de l’ordre ?
La Grèce est actuellement le théâtre de manifestations de grande ampleur. Bien sûr, beaucoup de paramètres sont impliqués : la crise économique, le chômage des jeunes, un gouvernement de droite corrompu, etc.
Mais le détonateur a été l’assassinat par balles d’un adolescent de 15 ans, par les forces qu’on continue imperturbablement à appeler « de l’ordre », comme si elles ne pouvaient être que les forces « du bien », belles, douces, agréables, bien rangées et confortables (les chaudoudoux) contre les forces « du mal », moches, méchantes, piquantes, désagréables et désordonnées (les froids-piquants) : celles des manifestants…
Personnellement, j’estime que des forces « de l’ordre » qui provoquent un tel bordel sont inacceptables : il vaut mieux se passer d’elles et vivre dans un « désordre » plus tranquille.
Pourrait-on comprendre que parfois les flics sont moches, brutaux, méchants, violents, contre des manifestants bien-pensants, gentils et sympathiques ? Le petit Nicolas et MAM ne peuvent évidemment pas l’envisager, mais… les autres ?
De quoi s’agit-il vraiment ?
Il est question d’imposer par la force, avec des armes de guerre, par une violence allant jusqu’à l’assassinat, un « ordre » dont le peuple ne veut pas. Lorsque le peuple a des choses à dire, il est assurément possible de l’empêcher de parler en tirant dessus : ce n’est peut-être pas la meilleure solution.
Tu dis ce que je ne veux pas entendre : je te tue.
Méthode radicale !
Mais efficacité nulle.
Oui, il est important d’assurer la tranquillité du peuple, et pour cela, de limiter les actions de certains petits cons tentés de taguer des croix gammées sur des tombes de musulmans ou de juifs.
Mais il n’est probablement pas nécessaire pour cela de laisser les flics et la gendarmerie se balader à la sortie des écoles avec des armes à feu chargées (ou même des « tasers ») et l’autorisation de s’en servir ad libitum pour « faire régner l’ordre ».
Pour être viable, l’ordre doit être accepté. Et personne ne peut accepter un ordre imposé par la violence, le meurtre et la terreur.
« On ne construit pas une société humaine sur des montagnes de cadavres », disait je ne sais plus qui (Gandhi ?).
Gandhi n’a jamais porté d’arme à feu, ni même d’arme pas à feu. Il n’a jamais bénéficié du soutien d’une armée armée. Cela ne l’a pas empêché de virer les anglais hors de son pays où ils n’avaient rien à faire. Mais, effectivement, cela nécessite d’être soi-même irréprochable, ce qui n’est pas à la portée de n’importe quelle brute imbécile armée.
Peut-être même que laisser tomber les armes est le premier pas nécessaire pour devenir irréprochable…
Peut-on accepter que les actions répressives des forces de l’ « ordre » aillent jusqu’à tirer à balles réelles sur des adolescents révoltés par la situation économique dans laquelle nous a conduit la société libérale avancée ?
Le peuple grec est en train de répondre : « non ».
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