On croyait que les îles Kiribati avaient atteint le fond de l’ignoble, de l’abject, du méprisable.
Et ben non ! Ils ont réussi à battre leur propre record.
Rappel des faits pour les distraits :
Un cargo nommé « Ocean Jasper », propriété d’un armateur turc, battant pavillon de complaisance (j’ai déjà dit ce que j’en pensais) des îles Kiribati, et avec un équipage azerbaïdjanais, éperonne en pleine nuit, en août 2007, un petit caseyeur breton : le Sokalique. L’enquête ultérieure a montré que tout l’équipage de ce monstre pirate, jusqu’au capitaine inclus, a senti le choc et compris ce qui se passait.
Le caseyeur coule immédiatement, et le capitaine se noie. Que croyez-vous qu’il arriva ?
L’ « Ocean Jasper » s’arrête et essaie de porte secours aux marins bretons, bien sûr.
Et ben non : l’ « Ocean Jasper » continue sa route en sifflotant et en regardant ailleurs, comme si de rien n’était, poussé par l’appât du gain (travailler plus en moins de temps pour gagner plus : s’arrêter c’est déjà perdre un peu de fric). C’est probablement la première fois dans l’histoire de la marine qu’un bateau ne porte pas secours à un autre bateau en détresse, pour un simple problème de fric. Nous arrivons là au fin du fin de la civilisation libérale avancée. Tu entends, Nicolas ?
C’est déjà un record de dégueulasse : délit de fuite et non assistance à personne en danger. Sur la mer !… Ah si tous les gars du monde voulaient se donner un coup d’éperon !
Elle en prend un coup, l’éthique. Mais le libéralisme n’a rien à foutre de l’éthique : ils ont déjà assez de mal avec le CACA40 qui s’effondre…
Et bien ils ont réussi à faire encore plus pire :
Hier, un commando de pourris, délégués par l’infâme armateur turc, est venu présenter un chèque de 500 000 dollars à la veuve du capitaine en lui suggérant de retirer sa plainte.
On en reste sans voix :
« Oui, j’ai bien écrasé votre mari mais voyez, je suis prêt à payer (beaucoup) pour vous dédommager si vous nous laissez continuer nos saloperies ».
Je tempère tout de suite le « beaucoup » : 500 000 dollars, pour un armateur turc, cela fait (à peu près) comme 3 euros pour vous et moi, environ 5 % du bénéfice quotidien. Mais on peut se méprendre sur la vénalité des veuves bretonnes quand on est armateur turc.
La veuve a été aussi admirable qu’ils ont été répugnants. Elle a répondu que la vie d’un être cher ne s’achetait pas, même à 500 000 dollars. La vie d’un mari, c’est beaucoup plus que ne peuvent payer toutes les multinationales du monde. Mais voilà bien quelque chose que les multinationales ont du mal à comprendre. Elles se disent dans leur petite tête de multinationale : « On achète bien les ministres, on doit pouvoir acheter les veuves des patrons de pêche, il n’y a pas de raison ! »
Si j’étais moi, et si j’étais Nicolas Sarkozy (je sais, pour ceux qui me suivent un peu, c’est difficile à imaginer, mais bon, c’est une hypothèse, juste pour voir ce que ça donnerait…) je déclarerais la guerre, toutes affaires cessantes, aux îles Kiribati et à la Turquie, et j’enverrais même un petit bombardier larguer une petite bombe atomique (ça doit suffire largement) sur ces îlots que personne ne connaît, sauf les armateurs véreux et les équipages composés de repris de justice.
Et je mettrais un veto définitif à l’entrée de la Turquie dans l’Europe.
S’il faut vivre ensemble, autant rester entre gens qui ont un minimum de savoir-vivre.
Et ben tiens, heureusement pour tout le monde que je ne suis pas Nicolas Sarkozy…
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