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Mercredi 25 juillet 2007

Principe anthropique, science et religion

Classé dans : Religion, Science — Jean-Luc @ 9:57

J’ai écrit le texte suivant pour l’excellent mensuel du protestantisme libéral : « Évangile et liberté ». Il a été publié dans le numéro 195 (janvier 2006) de ce journal.

À l’occasion d’une visite sur un site créationniste qui m’a passablement irrité, je crois utile de le publier à nouveau ici.

On trouvera ici une autre contribution intéressante à ce débat.

Le « principe anthropique » (du grec anthropos, homme) est loin de faire l’unanimité chez les scientifiques ! Selon ce principe, l’évolution aboutissant à l’homo sapiens suppose tant de coïncidences extraordinaires pour qu’apparaissent successivement les étoiles, la Terre, la vie, puis l’homme et la conscience, qu’il devait nécessairement y avoir au commencement une orientation, voire un projet : l’homme. L’Univers semble avoir été réglé avec une précision extraordinaire pour que la conscience apparaisse.
Avec une vision diamétralement opposée, Jacques Monod, prix Nobel de physiologie et médecine en 1965, écrit dans Le hasard et la nécessité : « L’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’univers d’où il a émergé par hasard. »

Le principe anthropique veut répondre à la question « pourquoi ? », alors que la science ne répond qu’à la question « comment ? ». La science ne peut se construire que sur des hypothèses que l’on peut tester et vérifier. Sinon, on reste dans le domaine de la magie, de la divination et de la superstition.
Il ne faut pas confondre les effets et les causes. Le raisonnement seul ne permet pas d’affirmer que c’est parce que l’homme existe maintenant que les conditions de son existence sont apparues avant lui, mais plutôt que l’existence de l’homme est possible aujourd’hui parce que certaines conditions ont été réalisées dans l’Univers auparavant.

« L’extraordinaire précision » avec laquelle sont « ajustées » les constantes physiques est un mauvais argument. Notons que les termes utilisés sous-entendent déjà par eux-mêmes l’existence d’un créateur qui, au commencement, introduit intentionnellement et avec soin le futur dans le présent. Mais n’importe quel modèle d’Univers que nous pouvons imaginer (et qui aurait pu exister) présente, lui aussi, d’autres constantes physiques « extraordinairement précises », ni meilleures ni pires ! Certains de ces modèles auraient pu aboutir à une autre forme de vie, utilisant par exemple le silicium à la place du carbone.
L’irritation de beaucoup de scientifiques à propos du principe anthropique vient de ce qu’il est exposé par des scientifiques avec une argumentation souvent complexe qui cherche à faire croire que la plus extrême pointe de la recherche en confirme la validité. Trinh Xuan Thuan, par exemple, découvre Dieu dans l’évolution de l’Univers. C’est son droit le plus strict, mais sa qualité d’astrophysicien n’a rien à y voir. Certains peuvent alors s’imaginer que l’on a découvert une preuve scientifique de l’existence de Dieu. Il y a là un abus d’autorité. Les équations mathématiques ne peuvent expliquer ni la beauté d’une cantate de Bach, ni le principe anthropique.
Rien n’empêche de croire au principe anthropique comme on peut croire à Dieu. Mais est-il nécessaire (ou simplement utile) de passer par le premier acte de foi pour arriver au second ?
Et il convient, dans tous les cas, de séparer soigneusement les domaines de la croyance et de la connaissance.

Actuellement, l’« intelligent design » (le « dessein intelligent ») se développe très rapidement aux États-unis, et commence à arriver en Europe. Cette présentation, qui reprend à son compte les idées du principe anthropique et s’oppose au darwinisme, n’est qu’une version adoucie du créationnisme et du fondamentalisme.

Ce n’est pas la valeur « très précise » de la charge de l’électron qui est surprenante, c’est l’existence même de l’électron et de sa charge. L’extraordinaire grâce des mouvements du chat, la beauté des lumières d’un coucher de soleil sont bien plus étonnantes que la « fantastique précision » de l’énergie de liaison de l’atome d’hydrogène.
Choisir le principe anthropique, c’est répondre à la question de Leibniz : « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » Le scientifique n’a aucune réponse. Il ne peut que s’étonner avec Einstein : « Ce qui est incompréhensible, c’est que l’Univers soit compréhensible ! »

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